lundi 10 février 2020

Février 1525... Et si l'on écoutait les infos ? 📻

#Renaissance #Caumont #Epernon #Nogaret #FrançoisPremier #HenriIII #HenriIV #LouisXIII
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En ce début d'année, rien ne va plus pour François Premier. Engagé depuis quatre ans dans la sixième guerre d'Italie, il subit une lourde défaite à Pavie, laquelle marque la fin du conflit.
Il a perdu de nombreux compagnons d'armes, morts sur le champ de bataille. Lui même, blessé au visage et à la jambe, n'a d'autre solution que de rendre ses armes à l'ennemi et se constituer prisonnier.
En juin, après plusieurs mois de captivité en Italie, il est transféré en Espagne. Il n'est libéré qu'après d'âpres négociations, enfin conclues en janvier 1526 par la signature du traité de Madrid. Celui-ci, favorable aux vainqueurs dont Charles Quint, est rapidement rejeté par François Premier, entrainant de fait le début de la septième guerre d'Italie.
La bataille de Pavie
En parallèle de tels déboires royaux, dès la fin de la sixième guerre, la plupart des combattants rescapés sont rentrés chez eux dont Pierre de Nogaret de la Valette (c1500-1553), un seigneur du Sud-Ouest.
Malgré la défaite, il s'en retourne avec assez d'aisance et d'enthousiasme pour confier à l'architecte Nicolas Bachelier la réalisation d'un nouveau château sur ses terres de Caumont, lesquelles dominent et surveillent le cours de la Save, dans l'actuel département du Gers, sur la commune de Cazaux-Savès.
Vue aérienne du château de Caumont (©caumont.org)
Pierre de Nogaret entend bien profiter des innovations qu'il a pu observer en Italie. Après dix années de travaux, il ne peut que se féliciter d'entrer en 1535 dans une demeure somptueuse que d'aucuns comparent avantageusement aux châteaux de la Loire.
Cinq siècles après, le château garde toute sa noblesse. Il n'a pas subi de trop grandes modifications et il suffit d'être face à lui pour s'imaginer aussitôt aux temps de son premier possesseur, voire de ses deux successeurs directs, afin de prolonger allègrement le voyage jusqu'à la fin du XVIe siècle.
Son fils aîné Jean Nogaret (1527-1575) hérite du château et à son tour fonde famille. Noblesse oblige, il officie également dans les armées royales en qualité de capitaine et de maître de camp de cavalerie légère.
C'est toutefois Jean-Louis (1554-1642), petit-fils de Pierre et fils de Jean qui attire l'attention des historiens et des romanciers dont un certain Alexandre Dumas.
Ayant embrassé, comme ses ascendants, la carrière de militaire, il se fait rapidement remarquer par un fort caractère qui lui vaut - malgré de nombreuses inimitiés - d'accéder aux plus hautes sphères du pouvoir, dont le cercle très fermé des mignons du roi Henri III.
Il en retire le titre de duc d'Épernon.
Fin politique, il reste un personnage très important sous les règnes suivants d'Henri IV et Louis XIII. Sa longue vie s'achève cependant en disgrâce.
Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon 👉

Février 2020... Un peu de musique ? 🎻
Après un tel préambule, n'est-il point agréable de s'accorder une pause musicale ? Sauf qu'à s'imaginer au XVIe siècle, il devient difficile de restituer le moindre son d'époque par le simple truchement d'une télécommande que les archéologues auraient découverte.
Vive le roy, selon Josquin des Prés, édité en 1504👉
C'est là qu'enchanteur, je dois m'affirmer, avec la chance de disposer concernant le château, ses premiers occupants et le siècle qui les concerne, d'un grand nombre de documents historiques, littéraires et musicaux.
Ainsi, en accord avec les propriétaires actuels, descendants des Nogaret de la Valette, vais-je, peu à peu, rechercher et mettre en cohérence des répertoires musicaux de la Renaissance avec des événements afférents à l'histoire du chateau et des seigneurs de Nogaret de la Valette.
Cette expérience qui lie le patrimoine bâti avec celui plus discret des manuscrits et des premiers-imprimés sera partagée sur place avec le public dès le printemps (24 mai 2020) lors d'un premier concert de musiques de la Renaissance, présentée par le duo franco-américain "The Strawberry consort".
S'ensuivra dans l'été une balade in situ, balade où je raconterai contes et récits du Moyen Âge, donnant ainsi chair au présumé surnom de "château des légendes" qui aurait été attribué à Caumont.
Armoiries de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon.

dimanche 2 février 2020

Février fait vriller les cœurs...
ou l'enchantement amoureux

Enchantement n'est point forcément mot de mise en ce début de février 2020 puisque, de nouveau, l'Angleterre s'éloigne du continent.

Historique pour les uns, hystérique pour d'autres, ce premier jour de mois est donc synonyme de rupture, a contrario d'un climat précocement printanier qui incite à entamer tous travaux préparatoires aux futures récoltes de l'année. ­

Ainsi voit-on les humains s'en retourner aux champs et profiter in situ du réveil de la nature. Sans aucun doute se laissent-ils charmer par les premiers gazouillis d'oiseaux dont la préoccupation première est de trouver aimable compagnie pour bâtir nid et fonder famille.

Une telle image bucolique inspire depuis la nuit des temps les poètes, en particulier le bien nommé Geoffroy Chaucer à qui l'on doit d'avoir encouragé en seulement deux vers une coutume devenue tenace quoique sujette à controverse : la Saint Valentin qui se célèbre le 14 février.


For this was on Saint Valentines day
When every fouls cometh to chese his make
Car c'était le jour de la saint Valentin quand chaque oiseau commence à choisir sa compagne

S'il est plaisant de s'inspirer du comportement amoureux des volatiles pour honorer les belles amours humaines, il convient de ne pas être dupe d'une évidente exploitation commerciale contemporaine qui érode grandement le charme de la fête et invite à s'en retourner promptement au Moyen Âge, plus précisément à la fin du quatorzième siècle.
Geoffroy Chaucer
Geoffroy Chaucer (c1340-1400) ne cesse alors d'écrire sans trop se soucier que, de part et d'autre du Channel, les relations sont plus que tendues et dégradées en raison d'un conflit interminable qui débute peu avant sa naissance (1337) et ne cesse qu'en 1453, héritant ainsi dans les livres d'histoire de l'intitulé "Guerre de Cent Ans". C'est au cours de cette dernière que la "Saint Valentin" imprègne l'esprit du poète et prince Charles d'Orléans, lequel est fait prisonnier suite à la retentissante défaite française d'Azincourt (1415).
👈 Charles d'Orléans, captif en la tour de Londres
Ici commence le livre qu'écrit Charles duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre
Retenu Outre-Manche pendant un quart de siècle, il compose une œuvre poétique magistrale dont la singulière balade intitulée "Le beau soleil, le jour Saint Valentin".
Le beau soleil, le jour Saint Valentin / Qui apportait sa chandelle allumée / N'a pas longtemps entra un bien matin / Priveement en ma chambre fermée
L'auteur exprime sa tristesse et son amertume, né de son enfermement, sentiments d'autant plus insupportables qu'au dehors, à la mi-février, les oiseaux crient fort pour assurer les butins d'amours.
Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d'Amours faisoient assemblée

Enfin, de retour en France, il partage son temps entre deux de ses châteaux, soit à Tours, soit à Blois. Il se consacre désormais quasi-exclusivement à la littérature, tant comme auteur que comme protecteur et mécène d'autres talents.
Par ses écrits qu'il a rapportés d'Angleterre, dont la balade citée ci-dessus, il contribue à propager sur le continent la coutume du jour de saint Valentin.

Toutefois, se pose une autre question, qu'en pense le dit Valentin ? Et d'abord, qui est-il pour avoir mérité sa canonisation ?

La réponse n'est pas simple car elle est plurielle.

Au siècle où Geoffroy affûte sa plume, neuf Valentin se sont inscrits dans la mémoire chrétienne, avec des existences se répartissant entre les troisième et neuvième siècles.

L'un d'entre eux fut le centième pape. Mais son règne fut court, quarante jours du 1er septembre au 10 octobre 827.

Écartons aussi les Valentin, devenus saints mais qui sont fêtés à d'autres dates.

Reste encore en lice trois bienheureux concernés par le 14 février dont Valentin de Terni qui vécut au troisième siècle.

Ce dernier est moine et prêtre de son état. Il vit sous le règne de Claude II, un empereur romain particulièrement hostile à la religion chrétienne. C'est pourquoi il fait interdire le mariage que cette dernière encourage. L'empereur a aussi en tête qu'en maintenant les hommes en état de célibat, il sont plus disponibles pour être enrôlés dans ses armées.

Le moine Valentin n'a cure de cette loi et s'y oppose en multipliant les cérémonies de mariage. Il ne faut guère de temps qu'il soit arrêté. Lors de son jugement, il refuse toute soumission et, suite à diverses péripéties et miracles que décrivent légendes dont celle dorée de Jacques de Voragine, il finit comme nombre de primo-chrétiens par être martyrisé, sa tête étant tranchée le 14 février 269.

Ayant subi une telle épreuve qui lui fut fatale, espérons que saint Valentin ait assez d'humour et de second degré pour être devenu a posteriori symbole de l'amour, sentiment qui fait si souvent perdre la tête !

samedi 11 janvier 2020

Par vérité... De l'art de perdre son latin au treizième siècle

Après avoir tergiversé dans un article précédent quant au bien-fondé du premier janvier pour premier jour de l'an, je m'accorde quelque repos "auprès la cheminée" comme m'y invite le motet ci-contre qui me prévient en outre et fort aimablement qu'il convient de redouter "el froit mois de genvier".

Ce message a toute pertinence puisqu'il évoque des temps où le réchauffement de l'atmosphère n'était point d'actualité et quand la seule retraite possible et peu négociable en hiver était celle de l'âtre. Pour conforter in fine que le frimas était bel et bien là, la teneur atteste que le propos n'est que Vérité.

Mais… que signifient les termes motet et teneur ?

Pour faire simple, le motet - versus treizième siècle - est une composition polyphonique où les voix chantées ont des textes différents, provoquant ainsi et souvent jeux de "mot"s et situations littéraires plutôt subtiles. La teneur n'est guère plus complexe à définir. Selon une étymologie simple, elle sou"tient" les voix supérieures qui s'harmonisent avec elle. Cette teneur emprunte généralement des fragments de mélodies connues, souvent latines car venant de chants d'église mais aussi parfois de chansons en langue vernaculaire (oil ou oc).

Mais… revenons à ce motet où l'on parle de janvier.

Il existe en deux versions conservées au sein des manuscrits de Bamberg (D-BAs Lit. 115) et de Montpellier (F-MO H196). La partie chantée "A la cheminée" invite bien plus qu'à la contemplation de la danse des flammes puisqu'il est question de gras mangier, en engloutissant notamment force chapons et chairs salées, le tout sans modération (cf ci-dessus partition musicale de gauche).

Est-ce pour cela, que la teneur initiale "Veritatem" telle qu'elle apparaît dans le manuscrit de Bamberg (en bas à droite de l'illustration ci-contre), issue d'un verset du graduel grégorien chanté au jour de l'Assomption, se pare soudain à Montpellier (cf ci-dessus partition musicale de droite) de paroles moins catholiques afin d'accompagner les mets précédents de délices provenant de la viticulture, sous la forme de vins français qu'il convient de préférer par vérité à ceux en provenance de l'Auxerrois.

La transformation du verset latin en vers (et en verres) français n'a pas entraîné de transformation de la mélodie et la seule éventuelle altération à subir ne concerne que celles et ceux qui ne respecteraient pas une prudente modération quant à ne point trop boire.

Le froid mois de janvier n'étant donc point si triste, je ne peux que réitérer mes vœux pour un an de grâce 2020 fait de richesses du patrimoine à découvrir et partager le cas échéant, comme en atteste le présent motet mais aussi ce fragment de calendrier d'un livre d'heures (F-BN Lat 1173), avec de quoi se pourlécher les babines, se délecter de rares vulnéraires, et s'offrir ainsi à bon compte (et contes) force bonheurs et belles humeurs !

Mais… Qu'en sera-t-il de février ?