jeudi 18 mars 2021

Tours, en quête d'Honoré

#Touraine #Tours #médiéval #medieval #moyenage #Renaissance #contes #Balzac #Sand #littérature #quartier #colombage
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Cela peut paraître futile, mais je n'ai su me priver du plaisir - comme je l'avais fait à Nohant pour le premier spectacle du duo iH! La maison d'Aurore consacré à George Sand - de visiter les lieux qui ont inspiré Honoré de Balzac, alors qu'il rédigeait ses contes drôlatiques.
Balzac est né à Tours en 1799. Dans son œuvre immense, il y fait fréquemment référence avec des personnages tels que François Birroteau, curé de Tours.
Moins connus, car ne faisant pas partie de la comédie humaine, les contes drôlatiques, lesquels sont le prétexte de mon spectacle HB by HB, invitent à remonter le temps, à destination des siècles du Moyen Âge et de la Renaissance.
Pour mieux en suggérer l'atmosphère, Balzac s'ingénie à en imiter le parler, rappelant un autre truculent auteur qui fréquenta aussi la Touraine, le bien nommé François Rabelais.
Mais la langue ne serait rien sans être parfaitement intégrée à un décor chronologiquement compatible que Balzac n'a eu guère à chercher, puisque existant non loin de la demeure familiale et en état quasi médiéval.
En balade à Tours ces derniers jours de fin d'hiver 2021, je vois bien que la ville qu'a connue l'auteur a évolué. Sa maison natale n'est plus, puisque faisant partie des quartiers rasés lors de la seconde guerre mondiale.
Fort heureusement, les décors pour recréer l'ambiance des contes drôlatiques ont pour origine les rues étroites et les placettes que les bombardements ont partiellement épargnés, à commencer par la place Plumereau.
Les maisons à colombage, désormais entretenues et restaurées, font belle figure dans ce qu'il est convenu d'appeler "vieux quartiers" ou "quartiers historiques".
C'est donc sans difficulté que j'ai fait le lien avec les échoppes et tavernes qu'évoque Balzac et celles qui ont une égale importance dans mon propre récit.
Fort de cette complicité avec Balzac, au-delà du plaisir malicieux de partager les mêmes initiales HB, je n'ai que plus de hâte à retrouver les temps de partage avec le public que sont les spectacles quand ces derniers seront de nouveau autorisés.
Place Plumereau à Tours avec Balzac
À Nohant avec et chez George Sand

samedi 27 février 2021

Le temps des fleurs

dans les chants de Marguerite
#Bruxelles #médiéval #medieval #moyenage #Renaissance #manuscrits #enluminure #musique #musicologie #flore #fleurs #printemps
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L'humour et la facétie sont souvent présents dans les illustrations des manuscrits, que les sujets abordés soient sacrés ou profanes.
Le chansonnier dit de Marguerite d'Autriche (1480-1530) semble ne pas échapper à la règle.
J'imagine aisément l'enlumineur jouer d'un clin d'œil à l'endroit de la princesse et duchesse en dessinant des fleurs qui font écho à son prénom. Allez savoir.
De même, je ne peux m'empêcher d'associer ces végétaux délicatement dessinés aux noms des prestigieux compositeurs de cette fin de quinzième siècle dont les « tubes » sont ici repris.
Citons Agricola, des Prés, de la Rue qui sont autant de substrats fertiles pour que s'expriment toutes éclosions florales.
Dans le même esprit, profitant de ce que peuvent apporter les siècles qui me séparent du manuscrit, j'ajoute malicieusement Antoine Brumel, très hypothétique ancêtre de mister Brumell, lequel, à cheval sur les XVIIIe et XIXe siècles, fut tant prince de l'élégance qu'un magasin en fit une marque encore en usage, un magasin en concordance avec les présents propos : le Printemps.
En résumé, tel un troubadour s'exaltant en strophes printanières, je rêve de chasser l'humeur morose des heures actuelles en me projetant dans ce livre de chants amoureux qui prélude aux beaux jours.
J'invite en outre tout un chacun à compléter ce partage en prenant un risque qui m'est interdit, attendu mes piètres connaissance en botanique : celui de donner le nom des fleurs présentes.
Enfin, j'invite les audiophiles à se délecter de cette « play-list » conçue à l'aube de la Renaissance.

dimanche 21 février 2021

Des petits trésors

Un manuscrit toulousain d'Outre-Manche
#Toulouse #médiéval #medieval #moyenage #manuscrits #enluminure #musique #musicologie #jongleurs #graduel #neume
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C'est dimanche, jour où, autrefois, que l'on fut croyant ou non, à certaines époques, il était fort conseillé d'aller à la messe pour ne point s'attirer quelques foudres, non point divines, mais provenant de ceux qui prétendaient en être les dignes et uniques représentants.
Fort prudemment, au nom d'un principe de précaution dont je n'évoquerai pas les nombreuses dérives actuelles et imbéciles, je me suis donc donné pour présent devoir de ne pas me déplacer sans quelque ouvrage religieux, manière de laisser-passer ou de faux-semblant qui vaut bien autant que certaines attestations de couvre-feu contemporaines. Résidant en Occitanie, je me suis naturellement tourné vers sa capitale historique pour les siècles médiévaux et de la Renaissance qui occupent grandement mon quotidien.
Lettrine C in Harley 4951 f159r°
La recherche fut difficile. Heureusement par la faveur d'une facétie linguistique et anglophile, due à mon commencement de défaitisme, je me suis complu à m'entendre dire avec un accent anglais approximatif To lose au lieu de Toulouse. Était-ce, en mon for inconscient, le message évident que tout était perdu ; all was lost ?
Que nenni ! Ce fut tout le contraire, puisque dans les brumes londoniennes et dans les méandres et autres labyrinthes de la BL (British library), je dénichai sous le nom abscon d'Harley 4951, un graduel de la fin du onzième siècle pour l'usage de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, elle même érigée à cette époque. Selon les sources, on parle aussi de Saint-Sernin (tout avis pertinent m'intéresse !).
L'avantage d'un graduel, c'est qu'il fournit les mélodies et textes des chants religieux pour toute l'année. Il est donc d'un usage permanent et écarte ainsi les bigots suspicieux qui voudraient me voir comme un père manant.
Vue l'ancienneté du saint ouvrage, il convient de se conforter à l'aphorisme : On a toujours besoin d'un neume, lesquels neumes, placés au dessus des textes, ne sont point des déjections hasardeuses d'arthropodes indélicats mais sont par bonheur de reélles et précises indications musicales (cf image ci-dessous au centre).
Ite missa est ?
Pas tout-à-fait, car pris par la musique plus que par un moindre mouvement de piété, non sans oublier une curiosité incurable, je me suis adonné à une exploration de bout en bout, plus exactement de folio en folio, pour découvrir après presque six cents pages, de quoi me distraire en la joyeuse compagnie d'artistes polyvalents, appelés autrefois joueurs ou jongleurs, soit en langue d'oc "joglars".
J'en conclus que j'avais là un merveilleux passeport pour aborder en toute tranquillité tout dimanche à venir et me donnais toutefois pour devoir d'en porter la connaissance à tout autre quidam aux dispositions d'esprit similaires.
Voilà qui est fait !
En toute amitié et partage

mardi 9 février 2021

Loisirs d'antan

Pour vivre à satiété en société
#médiéval #medieval #moyenage #Renaissance #manuscrits #enluminure #loisirs #sports #jeux
article made in #Condom #Ténarèze #Gers #Gascogne #Occitanie
En ces temps de folie où, confinement ou non, masque ou non, etc., ce n'est plus seulement dans nos logis mais aussi, plus gravement et plus insidieusement, dans nos têtes que s'immisce l'acceptation de l'enfermement.
Il devient alors de plus en plus difficile de discerner ce qui est sage, au sens originel du mot sapiens, c'est à dire d'assumer, développer et partager une sagesse intimement liée au savoir.
Attendu qu'il est convenu que tout rejeton de l'espèce humaine soit normalement qualifié d'animal social, il faut également constater à regret que le contexte actuel fait tout pour orienter nos êtres dans un sens tout-à-fait contraire.
Que faire ?
in Fr 158 f16v°
Me concernant, c'est encore et toujours que je m'enquiers au sein des manuscrits de force expériences et avis mûris par les siècles, ceux-ci fussent-ils de lumière ou, abusivement, dits obscurs.
Après une série précédente consacrée aux instruments de musique du manuscrit Bodleian 264, c'est dans ce dernier et d'autres sources du Moyen Âge et de la Renaissance que j'ai cherché quelques enluminures de bas de page, lesquelles, indépendamment même du thème général des opus où ils se nichent, illustrent des moments de convivialité nés de la pratique de jeux et de loisirs en société.
Mon choix n'est pas exhaustif tant il y a matière. Mais il est volontairement sélectif, privilégiant ce qui est de l'ordre du plaisir d'être ensemble en excluant des activités dont l'objet consiste à attenter à l'intégrité, voire à la vie, de tout être, qu'il soit humain ou animal.
Cette série, limitée à dix vues, sera complétée par d'autres, au fur et à mesure de mes trouvailles dans le patrimoine manuscrit et selon le temps que j'aurais à y consacrer, temps que l'enfermement évoqué ci-avant favorise grandement.
Enfin, je partage avec plaisir quelques mots extraits de l'avertissement de l'encyclopédie méthodique de 1792, consacrée aux jeux :
« Comme il y a, dit Montesquieu, une infinité de choses sages qui sont menées d'une manière très folle, il y a aussi des folies qui sont conduites d'une manière très sage.»
Ce n'est donc pas au rang des choses sages que nous prétendons mettre le jeu : mais si c'est une folie, la pratique est si ancienne et si générale, qu'il a paru convenable d'ajouter au recueil des connaissances humaines celle des différents jeux et des règles auxquelles ont doit s'assujetir en jouant. […]

vues 1 à 3
1/- La messe étant dite, la série débute en contribuant à la consolation, en ce début d'année 2021, des frustrés du ski alpin, grâce à une autre pratique de glisse figurée à la fin du treizième siècle. Mais attention, bien que l'adage clame que « les étangs sont durs » et en raison du réchauffement général de la planète, les couches de glace s'affinent et rendent plausible un bain accidentel d'un agrément fort limité.
2/- Du même siècle que précédemment, c'est une partie de golf à laquelle nous sommes conviés.
3/- Sans pour autant chanter « une partie de pétanque », rengaine qui n'existait pas au treizième siècle, ce jeu est fort ressemblant avec toutefois, en lieu et place du cochonnet, un bâton planté dans le sol auprès duquel il faut placer la boule au plus près.
vues 4 à 6
4/- Autre sport d'adresse, le tir à l'arc. Gens sans cible, s'abstenir…
5/- Le base-ball, si cher aux amis d'Outre-Atlantique connaît visiblement un sport précurseur au treizième siècle.
6/- Pas vu, pas pris ? Selon la légende, au dixième siècle, lors d'une bataille, le soldat Jean Colin Maillard eut les yeux crevés mais continua à se battre, frappant tout ce qu'il sentait vivre autour de lui. Le jeu qui en découle est heureusement plus pacifique, l'aveuglement (yeux bandés) étant transmis immédiatement à celle ou celui qui s'est fait.e attraper.
vues 7 à 9
7/- La quintaine fait partie des disciplines pratiquées lors des tournois où brillent chevaliers et écuyers, à condition toutefois de posséder un cheval. Faute de ce dernier, lequel est coûteux, il est réconfortant de pouvoir compter sur des amis.
8/- Autre joute, toujours avec moults amis et sans destrier, la version nautique pour des combattants dont le caractère ne sera pas le seul à être bien trempé. À droite, un joueur de chalémie attend de sonner la victoire de celui qui ne sera pas désarçonné. L'enluminure ne montre pas l'adversaire qu'il faut imaginer en égale posture et venant de gauche.
9/- Pas besoin de permis d'échasses pour tester son équilibre et se montrer à la hauteur.
10/- Conscient de la fatigue provoquée par les neuf activités précédentes, et pour conclure cette première série, je pressens une ultime activité permettant toute rêverie quant à une saison deux.
Baille, baille !

vendredi 22 janvier 2021

Cueillette musicale dans un manuscrit d'Oxford

Un instrumentarium médiéval (lien recommandé : www.instrus.zumeurs.net)
#médiéval #medieval #moyenage #manuscrits #musique #musicologie #enluminure #rebec # vièle #chiffonie #orgue #flûtet #cloche #nacaires #guiterne #harpe #psaltérion #cloches #cymbalettes #traversière #Oxford #Bodleian
Parmi les plaisirs que procure l'étude des manuscrits du Moyen Âge, il y a celui de la découverte d'innombrables enluminures.
Il en est ainsi dans le manuscrit du quatorzième siècle, le Bodleian 264 d'Oxford. Celui-ci narre sur plus de deux cent cinquante feuillets, les exploits et prouesses, vraies ou supposées, de l'empereur Alexandre le Grand, lequel vécut au troisième siècle avant notre ère.
La plupart des pages sont enluminées, avec des illustrations qui ne sont pas forcément liées aux textes voisins.
(Bod 264 f265r°)
Les chapitres importants sont introduits par une scène en rapport avec le récit qui suit. L'illustration occupe a minima une case jusqu'à des dimensions qui couvrent la quasi-totalité de la surface de la page.
(Bod 264 f21v° et 20v°)
Les têtes de paragraphe se distinguent par la présence de lettrines qui sont elles-même très souvent incluses dans une petite case depuis lesquelles se développent des décors végétaux qui se glissent entre et autour des deux colonnes de texte et servent de support à d'autres éléments tels qu'animaux et personnages réalistes que viennent distraire maintes créatures des plus surprenantes.
Enfin, en bas de page, s'ajoutent fréquemment des représentations de scènes de vie de village.
(Bod 264 f3r° et 188v°)
Ce sont principalement parmi celles-ci que seront extraits au sein de cet article différents personnages qui ont en commun de pratiquer un instrument de musique, alors que le manuscrit en question n'a rien d'un ouvrage musical.
Ainsi, les seize musiciens qui suivent jouent tous d'un instrument différent. Ils ne sont qu'une petite part de ceux présents au cœur du manuscrit et de l'ensemble de l'instrumentarium médiéval. Ils sont cependant suffisamment nombreux pour que l'on puisse évoquer les différents modes de production sonore que sont les cordes, les percussions et les vents.

Cordes frottées
Pour le rebec et la vièle, le son est provoqué par le frottement d'un archet (en forme d'arc) sur les cordes. Les doigts de la main qui ne tient pas l'archet, interviennent directement sur les cordes mises en jeu pour en changer la longueur vibrante et modifier les notes émises (voir l'article précédent sur l'art de musique).
La vièle tant par son nom que par sa forme annonce déjà ce que sera le violon dès la Renaissance.
La chiffonie (ou vielle) remplace l'archet par une roue qui permet un frottement continu, à condition que le musicien actionne d'une main la manivelle située en haut de l'instrument et de l'autre appuie sur des touches qui comme précédemment ont pour effet de modifier la longueur vibrante des cordes mises en jeu.
Pour ces trois premiers instruments, le son est amplifié grâce à la présence d'une caisse de résonance. Il en est de même pour les suivants.
Cordes pincées
Autres cordes, celles que l'on pince avec la harpe, la guiterne et le psaltérion
Concernant la harpe, le principe est simple, le musicien pince la corde qu'il veut entendre, à laquelle correspond une note. C'est pourquoi les cordes ont des longueurs différentes et sont classées des plus grandes (les plus graves) jusqu'aux plus petites (les aiguës).
La guiterne, elle préfigure ce que sera plus tard la guitare. Comme pour cette dernière, le musicien pince (ou gratte) la corde directement avec ses doigts ou avec l'aide d'un plectre (un médiator)
Le psaltérion répond au même principe fonctionnel que la harpe : une corde = une note. Le son est produit par pincement des cordes par les doigts ou par des plectres. Autre mode de jeu, quand l'instrument est posé devant le musicien, le son peut être produit en frappant les cordes avec les baguettes. Dans ce cas, il convient de parler de tympanon plus que de psaltérion et de cordes frappées plus que de cordes pincées.
Percussions
Est appelé percussion, tout instrument dont le son est produit par la mise en vibration d'un matériau en portant des coups.
C'est le cas des cloches faites de métal, aussi des cymbalettes, lesquelles sont ici associées à une peau tendue sur un cercle qui leur sert de support.
Nombreux sont les instruments à peaux tendues que l'on appelle tambours de façon générique. Ils sont frappés avec les mains ou avec une baguette. Par deux sont les nacaires ou le cas échéant en accompagnant le rythme suggéré par le tambourin (petit tambour) avec une mélodie jouée sur un flûtet.
Ainsi passe-t-on aux instruments où l'on souffle : les vents.
Vents
Dans le cas du flûtet précédent, le principe sonore est le même que celui des sifflets. La plupart des flûtes se jouent avec les deux mains et avec des positions assez diverses dont celle dites de travers : les traversières.
Dans le cas de l'orgue portatif, les tuyaux n'offrent leurs notes qu'à la condition de leur envoyer de l'air qui n'est pas fourni par le souffle du musicien mais par un soufflet placé derrière l'instrument. L'air est ensuite orienté dans chaque tuyau grâce à un clavier, situé lui devant.
Le musicien peut également émettre un son en soufflant tout en faisant vibrer ses lèvres. Son qui sera encore plus puissant en allant résonner dans une trompe droite, à condition que les lèvres soient appuyées sur une embouchure.
Autre vibration possible, celle d'un élément végétal : l'anche dont le son produit est amplifié dans une chalémie, ancêtre du hautbois.
Astuce supplémentaire, le souffle de l'instrumentiste est maintenant envoyé dans une réserve intermédiaire, un sac sur lequel sont placé le hautbois précédent mais aussi des tuyaux supplémentaires, de manière à produire plusieurs notes en même temps. Le sac offre en outre la possibilité de jouer en continu et mieux assurer la fête !
Est-ce pour cela que la cornemuse était regardée de travers par la gente ecclésiastique ?

Cette quête instrumentale n'a rien d'exhaustif attendu le foisonnement d'instruments présents dans le manuscrit.

lundi 4 janvier 2021

Image du monde selon Gossouin

Ou l'importance des sept arts
#médiéval #medieval #moyenage #Renaissance #manuscrits #trivium #grammaire #logique #rhétorique #quadrivium #arithmétique #géométrie #musique #musicologie #astronomie #enluminure #orgue #cloche #enseignement #clerc #apprentissage #Metz #Lorraine
Tout d'abord, mes meilleurs vœux pour une année 2021 qu'il me plaît d'espérer moins singulière que sa précédente.
Oublier 2020 ?
Point n'est question de rabâcher ce que les médias et autres vecteurs prétendus de communication déversent es angoisses, contradictions et absurdités, proférées par des bataillons d'experts en manque d'exposition.
Je ne suis point expert moi même et me définis tout au plus comme passionné.
Par conséquent, je n'aspire qu'à une mise en parenthèse d'une année trop étrange, selon une méthode dite de résilience active qui je concrétise dans une énième plongée dans l'océan des écrits d'antan.
Appréhender 2021 !
En cette période, tout un chacun.e a bon droit de concevoir des résolutions, qu'il ne tiendra généralement pas, parce que trop hautement évaluées.
Je n'échappe point à la règle et vais cependant me fier à un certain Gossouin de Metz, auteur à succès au treizième siècle.
Cet érudit tenta d'expliquer ce qu'il en était de l'univers et de la terre, de leurs créations et de leurs bonnes marches respectives, en un ouvrage qu'il annonce ainsi dès la première ligne :
Ci commencent les chapitres du roman de maître Gossouin qui est appelé image du monde. (FR574 f1r°)
Cet opus conséquent d'environ trois cents pages connaît en son temps et bien après de multiples copies, reproductions, plagiats et aussi traductions en diverses langues.
Parmi la soixantaine d'exemplaires encore conservés, je me suis intéressé à deux ouvrages dont j'ai emprunté quelques enluminures pour illustrer ce qui guidera le cas échéant tout un chacun pour bien débuter en ses résolutions !
Après avoir établi une conséquente table des matières, Gossouin affirme ses intentions, lesquelles semblent pertinentes pour un début d'année.
Qui veut savoir et entendre ce livre pour savoir et pour apprendre comment il doit vivre et et se contenir en ce siècle dont il vaudra mieux tous les jours de sa vie […] (Fr25344 f5r°)
Gossouin se lance ensuite dans de nombreuses démonstrations et explications où le scientifique est tempéré par le religieux, voire par de réelles fantaisies ou d'intuitions dont celle de penser que la terre n'est point plate puisque de forme sphérique.
Elle n'en reste pas moins, selon lui, créée par Dieu de même que l'homme qu'il convient d'éclairer par l'enseignement des sept arts, lesquels lui faciliteront la réussite en ses résolutions.
Gossouin ne fait ici que suivre les canons de l'antique école d'Alexandrie qui segmentaient l'enseignement des arts libéraux en deux nommés respectivement trivium (3 matières) et quadrivium (4).
Le trivium 👉 La grammaire
Le trivium inclut en premier la grammaire : Ils entrèrent premièrement en grammaire (FR574 f21r°).
Indispensable, elle aide à la compréhension : Sans laquelle rien ne vaut à qui veut entendre (Fr574 f27r°)
Pour démontrer l'absolue nécessité de ne point défaillir en l'apprentissage de la grammaire, l'auteur et les illustrateurs plébiscitent une pédagogie efficace, sévère et visiblement violente si l'on en croit la présence d'une massue dans les mains des instructeurs, qu'ils soient femme ou homme.
ndla - Dans le cadre des résolutions, je préconise plus de douceur !
Fort de la compréhension acquise par de bonnes formulations rigoureusement grammairiennes, poursuivons avec Gossuin.
Le trivium 👉 La logique
Le second art est la logique, qui est appelée dialectique. Celle-ci prouve le faux et le vrai (FR574 f27v°). Et celui qui saura toute logique, il prouvera et le bien et le mal sans qu'il y ait doute.
ndla - Le bien, le mal ? Il est un autre bâton qui n'est point représenté mais qui peut être pesant : la morale.
Le trivium 👉 La rhétorique
Le tiers art a nom rhétorique qui est droiture et raison et ordonnancement de la parole, qu'elle ne soit pas pour folle tenue (FR574 f27v°).
Car le droit par lequel les jugements sont faits, et qui par raison et droiture, sont regardés en cour de roi et de baron viennent de la rhétorique (FR574 f27v°).
ndla - Faute de tête couronnée à disposition de nous autres citoyen.ne.s français.e.s, chacun.e déduira à son gré ce qu'il en est de nos têtes gouvernantes et ce dont on peut en attendre, après avoir préalablement fait toute distinction entre ce qu'apporte le trivium et ses trois composantes qui en appellent au fond et le bla bla bla communicationnel qui le dissimule grossièrement.
Le quadrivium 👉 l'arithmétique
Sans elle, les sept arts ne peuvent être acquis entièrement. […] D'elle viennent tous les nombres, par quoi toutes choses courent, vont et viennent. […] Nul.le n'est rien sans nombre. (FR574 f28r°).
ndla : en qualité de conteur, je devrais me résoudre à user d'une autre orthographe qui est celle de compteur !
Voilà une résolution qui n'aura pas tenu plus que le temps de la formuler.
Le quadrivium 👉 la géométrie
Le cinquième art a nom géométrie […] qui vaut plus que les autres. Car par lui tout est mesuré […] Par lui sait-on la vérité de toutes choses et la quantité de tout rien, si lointain est-il pour autant que l'on puisse le voir avec les yeux.
Qui bien entend géométrie, il maîtrise toutes mesures.
Car par mesures fut fait le monde et toutes choses hautes et basses et profondes. (FR574 f29r°).
Le quadrivium 👉 la musique
Celle-ci se forme d'arithmétique. La musique accorde toutes choses qui discordent et les ramène à la concorde. Ainsi d'elle sont extraits les chants […] et les accords de tous les instruments […]. Qui sait la science de musique, connaît l'accord de toutes choses. (FR574 f29r°)
ndla : notons la présence d'un jeu de cloches et, posé par terre, d'un orgue portatif.
Le quadrivium 👉 l'astronomie
Le septième est l'astronomie […] par quoi l'on s'enquiert des choses de la terre et du ciel […] Et qui sait bien l'astronomie sait mettre raison en toutes choses. (FR574 f30v°)
Fort des sept directions suggérées par Gossouin de Metz, je conclus avec quatre derniers mots de sa plume : Mettez peine au retenir (FR574 f33v°), considérant ceux-ci comme encouragements pour mieux se réjouir bientôt des bonheurs à venir : bon apprentissage et - au risque de me répéter - meilleurs vœux !