jeudi 9 avril 2020

Les bonnes cartes

#humour #commune #ville #village #enchantement
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👫 Pabu (22) - La Bouteille (02) - 09 avril 2020
Toujours enfermé.e.s en nos logis respectifs, et pareillement en toute légalité, favorisons un premier jumelage.
Le bruit court que le confinement peut pousser à des dérives alcooliques, notamment dans les régions réputées compétentes en l'art de lever le coude, dont la Bretagne.
Contre l'inélégance d'une telle généralisation, j'invite ce jour à quelque détour dans les Côtes-d'Armor, en la commune de Pabu dont le seul nom contredit en quatre lettres efficaces une telle réputation.
Ce bel exemple de sobriété mérite donc récompense.
👆 Pabu - La Bouteille 👇
Sous forme d'un premier jumelage dans la présente série géographique, je propose que Pabu s'unisse virtuellement avec une commune sise dans l'Aisne, la bien nommée La Bouteille dont la gare ici présente avec son comité d'accueil invite à s'y rendre.
Il convient pour toute visite réelle d'attendre patiemment que prenne fin la consigne en laquelle nous sommes, consigne que les habitants de La Bouteille sont les mieux placés pour la comprendre.
#Bretagne #Côtes-d'Armor #Pabu #Hauts-de-France #Aisne # #corona #virus #covid19 #confiné

Avant que disparaissent totalement les identités et cultures respectives de nombre villes et villages, phagocytées qu'ils sont et seront par des intercommunalités de plus en plus voraces, il est de mon devoir d'enchanteur du patrimoine de ne point me priver de quelque attention à leurs endroits.
Quelle injustice en effet que ces oublis inéluctables et quelle ineptie que de se priver des atouts de toutes ces entités pluriséculaires.
Atouts ? Il est temps de jouer les bonnes cartes.
À ces ânes qui gomment tout passé, un tableau de Cézanne
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02 Mévoisins - 07 avril 2020
Bien qu'enfermé.e.s en nos logis respectifs, et en toute légalité, allons rencontrer Mévoisins.
Dès l'entrée du pays de cette commune d'Eure-et-Loir, Mévoisins respire la tranquillité, de quoi inspirer le poète Jean-François Collin d'Harleville (1755-1806). Lequel, méconnu, siégea néanmoins à l'Académie française.
#Eure-et-Loire #Mévoisins #corona #virus #covid19 #confiné

01 Azille - 06 avril 2020
La première carte qui m'inspire en ces temps de confinement est celle qui représente un boulevard aussi vide que nos rues actuelles.
La vacuité qui frappe le boulevard de cette commune de l'Aude est sans rapport avec celle qui nous est imposée pour raison de pandémie.
Il n'en demeure pas moins une interrogation essentielle quant à un possible oxymore : comment se fait-il qu'en ce village appelé Azille, il n'y ait point un monde fou ?
#Aude #Azille #fou #corona #virus #covid19 #confiné

Confisonts

Première semaine 📅 #corona #virus #covid19 #confiné #sonnets #zumeurs #poésie #zumeurs #Moyen Âge #médiéval
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07 - jeudi 9 avril 2020 - Beaux parleurs
À occuper mes jours à assembler des lettres
Sur un plateau de Scrabble et entre amis virtuels,
M'est apparu un anagramme inhabituel.
Fait de trois éléments, il questionne sur l'être.

Voyons d'abord l'enluminure que j'ai choisie,
Puisqu'il est beau parleur, cet âne sait les cons vaincre
Tant il a bien appris la science du convaincre.
Par ses mots, la couronne, un beau jour, a saisi.

Pour être plus précis, il abusa son maître.
Il vint en son palais afin de l'en démettre
Et prendre le pouvoir le temps d'un quinquennat.

Peut-être pensez-vous que j'ose un parallèle
Trop irrévérencieux. Mais ce sont les voyelles
Lesquelles, en s'inversant, de l'ÂNE ont fait l'ENA.

Préambule d'un complètement sonnet
Après avoir précédemment entamé un chapitre appelé "Un peu de détente" que j'alimente au gré des facéties qui daignent me titiller l'esprit, je me lance aujourd'hui dans un nouvel opus qui évoluera de même, tant que je trouverai en mes recherches dites sérieuses quelque enluminure m'invitant à l'accompagner d'un sonnet de mon cru.
Quant à celles et ceux qui apprécieraient un tel partage, n'hésitez pas à réagir, toujours avec une courtoisie à l'égal des aimables disputes de nos prédécesseurs troubadours et trouvères.
Vous souhaitant bonne lecture.
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06 - mercredi 8 avril 2020
Quand s'annulent spectacles et festivals…
Devons-nous désormais comprendre cette scène
Que comme un souvenir des journées estivales
Où ne s'annulaient pas chaque jour festivals
Et tournées en raison de maladies malsaines ?

Car il semble en effet que l'été à venir
Sera celui du grand vide, pour ne point réunir
Ensemble trop d'humains et ainsi prémunir
Tout un pays contre un virus qu'il faut honnir.

Me trouvez-vous ce jour un peu trop pessimiste ?
Cela n'est pas et ne sera car je résiste,
Ne serait-ce qu'en voyageant aux temps anciens.

En trouvant ce matin, ces tréteaux de campagne
C'est plutôt belle humeur qui sourd et m'accompagne
En mon for de poète, conteur et musicien.

05 - mardi 7 avril 2020 - Un roi confiné
Qu'il a l'air triste, ce Richard qui, du lion,
N'a plus le cœur. De retour de croisade,
On le capture. Fini le Pygmalion
Qui aurait pu charmer Shéhérazade.

Il se morfond dans un château perdu,
En Allemagne. Le temps est long, trop long.
Car d'un captif, la rançon attendue
Est toujours forte en l'esprit des félons.

Sa liberté ? C'est après deux années
Qu'il la retrouve. Et l'ancien confiné
Repart chez lui, dans la belle Angleterre.

Mais le retour n'a rien d'un doux loisir
Car sa couronne est cible du désir
De son jeune frère, le dit Jean sans Terre.

04 - lundi 4 avril 2020 - Pour charmer gente dame…
Encore un bon conseil pour garder belle humeur
En nos enfermements et pour que point ne meurent
Nos amours délicieuses. Voyez ce musicien
Plein de galante ardeur : comme il y met du sien !

Il clame son amour à gorge déployée.
Avec son petit orgue, il sait accompagner
Son chant de mélodies douces et merveilleuses
Il n'a qu'un but en tête : rendre l'heure joyeuse.

La tâche est toutefois délicate et ardue.
Le galant n'est point sûr d'être bien entendu
Car devant lui la dame a l'air un peu trop sage.

Aurait-il dû choisir la harpe ou le rebec
Pour que surgisse enfin sourire de bon bec
Et pour qu'elle entendît son sincère message ?

03 - dimanche 5 avril 2020 - Des portées vides
Voici deux musiciens qui n'ont pas peur du vide
Et continuent de jouer d'un cœur impavide
Sans ressentir le dol de l'indigne insolence
Du vol honteux de toutes notes et silences.

La tâche est pourtant dure. Quand nues sont les portées,
Il n'y a solution que celle d'inventer.
J'en déduis aujourd'hui, en ces temps confinés,
Que jamais, il ne faut espoir abandonner.

Car même privé pour la cause d'un virus
D'offrir à tous publics mélodies et chorus,
Il n'est de vacuité qui soit insurmontable.

Musiciens et artistes, jouez, improvisez,
Emplissez la portée et gardez en visée
Que le bonheur est par nature inévitable.

02 - samedi 4 avril 2020 - Distance sociale
La distance sociale existe au Moyen Âge.
En voici une preuve avec ce beau ménage
Du quatorzième siècle, lequel avec prudence
S'échange le salut par curieux pas de danse.

Ainsi du temps, est-ce pure coincidence
Cette leçon, forte de son antécédence
Arrive jusqu'à nous, telle une providence
Qu'il convient d'imiter, en toute résidence.

Et sachez par ailleurs, que ce fort témoignage
Provient d'un manuscrit juridique en usage
En Avignon, lors des papales dépendances.

Il est donc sain d'en retirer jurisprudence
Qui aiderait à limiter les discordances
Et éclairer "au pied levé" la présidence.

01 - vendredi 3 avril 2020 - Premières notes
À défaut de sorties printanières,
Confiné que je suis en tanière,
Un voyage en des temps forts anciens
Me fait rencontrer deux musiciens.

Pour que jamais le présent ne m'use,
Qu'ils jouent de leurs flûte et cornemuse
Dans le confort de leur manuscrit.
Quel bonheur point encore proscrit !

Mais pourquoi des rimes en neuf pieds
Au risque d'un poème estropier ?
C'est le résultat d'un pur hasard.

Et je ne veux me désarçonner
Car j'irai jusqu'au bout de ce sonnet,
Moindre mal en ces temps de bazar.

mercredi 25 mars 2020

Uderzo, source d'enchantement…

#Uderzo #Goscinny #Charlier #BD #Astérix #Oumpapah #Tanguy #Laverdure #enchantement #patrimoine
Le décès hier du dessinateur Uderzo et le temps libre dû au confinement actuel m'incitent à replonger dans les délices de ma bédéthèque - fournie en suffisance au point de faire le bonheur d'un marchand d'étagères suédois - pour en retirer quelques perles signées du défunt maître.
Ainsi, en plus de mes coutumières relectures aléatoires de l'année, me retrouvé-je en agréable compagnie de héros qui ont bercé mon enfance et l'ont plus que probablement marquée pour m'aider à devenir ce que je revendique être encore et toujours : un enchanteur du patrimoine.
N'ai-je pas eu grâce à eux, les plus belles leçons de géographie et d'histoire, quand au fil des pages d'albums joyeux et facétieux me prenaient l'envie et la curiosité d'aller chercher le dictionnaire de la maison - je parle de l'ère ante-internet - pour en savoir plus sur un pays, sur un événement de tel ou tel siècle, avec une motivation que ne procuraient point les cours fastidieux donnés par des enseignants globalement hostiles à la bande dessinée avant que celle-ci ne soit enfin reconnue comme neuvième art.
Ma première rencontre avec Uderzo et son complice de plume, Goscinny fut presque de l'ordre de l'inconscient. Petit et ne sachant pas encore lire, je découvrais Oumpapah sous la forme d'une figurine en latex qui traînait dans la Panhard du paternel, en appréciait la souplesse au point de le tordre dans tous les sens et d'avoir ainsi causé in fine une fracture fatale.
À peine plus grand, et ayant enfin acquis quelques notions de lecture, mes parents me donnaient le droit d'emprunter à la seule bibliothèque du quartier (celle dite paroissiale) tous les deux livres sans images (roses, rouge et or, verts…) une bande dessinée. Oumpapah se rappela à moi et je découvris ses exploits en compagnie du savoureux Hubert de la Pâte Feuilletée.
Mon deuxième contact avec ce duo de talent est dû à un voyage familial en train, où pour retarder mon impatience en prévision d'un trajet qui s'annonçait long et morcelé par moults changements (Saint-Pierre-des-Corps, Saumur, Thouars, etc), m'offrit-on mon premier Astérix, le seul que proposait le kiosque de la gare car venant de paraître : Astérix chez les Bretons.
À mon sens, cet album reste parmi les meilleurs de la série que je relis toujours avec grand plaisir. Il me fut même utile dans mes premières années d'anglais au collège pour apprécier les différences significatives entre langues maternelle et d'Outre-Manche et mieux construire des phrases avec des adjectifs qualificatifs en bonne et due place.
Un peu plus grand, je dévorais également les aventures de Tanguy et Laverdure, où Uderzo - cette fois-ci en duo avec Jean-Michel Charlier - nourrissait ma fascination adolescente pour les avions, m'entraînait dans des aventures plus contemporaines et me donnait ainsi conscience d'un monde qui n'était pas aussi serein que celui plus restreint et douillet de la mienne famille.
Devenu étudiant, je relativisai mes études dites sérieuses (classe préparatoires en un lycée parisien) en allant m'aérer sur les quais de la scène, en un endroit très spécifique : celui des bouquinistes BD.
Le temps évoluant, choisissant enfin ce qui devait être et non ce que mes diplômes me suggéraient, je basculai du monde pragmatique à celui artistique que j'aime à appeler désormais celui de l'enchantement du patrimoine, un patrimoine que je découvris grandement par le biais de la BD et plus précisément des aventures dessinées par Uderzo.
Je ne peux donc que le louer pour sa mauvaise influence sur mon existence. Et plus encore que lui adresser de sincères regrets, j'espère qu'il continuera d'entendre les rires que ses héros éternels ne manqueront pas me déclencher.
Enfin, à l'heure qu'il est, puisse-t-il ne point m'en vouloir d'éprouver quelque tristesse et de m'être permis pour illustration de modifier quelques bulles en son hommage !
Avec mes condoléances à tous ses proches sur qui le ciel est tombé sur la tête.

mardi 17 mars 2020

Un peu de détente

#corona #virus #covid19 #confiné #conte #ChaperonRouge #attestation
Forcé comme tout un chacun et pour une raison plus que légitime : la santé, j'ai décidé d'éclairer mon confinement par quelques facéties qui vont s'accumuler au jour le jour au sein du présent article.
#Citations, #dessins, #compositions, etc. pourvu que le temps paraisse moins long, surtout plus joyeux, et avant de recouvrer le plaisir des effusions en direct avec le public, depuis la scène et/ou en tous lieux où il fait bon cultiver de belles relations humaines !

17 mars : pas de sortie sans attestation.
Le petit chaperon rouge rentre dans les critères.

15 mars : faut-il se plaindre d'être confinés ?
La réponse des canards du Gers.

mardi 10 mars 2020

Des élus et de la pose des premières pierres.

#contes #légendes #diable 🖥 www.contes.zumeurs.net




Les élus - du peuple, de Dieu ou Diable, de je ne sais qui ou quoi, ne font rien au hasard !
Mû par la proximité des élections concernant les municipalités et intercommunalités, et conforté par l'excellent travail de jeunes chercheurs médiévistes découverts ce jour sur la toile à l'adresse https://actuelmoyenage.wordpress.com, lesquels visent à éclairer le quotidien par des textes de référence du Moyen Âge, je me motive enfin à ajouter une modeste touche d'enchanteur du patrimoine. Certes, les sources qui inspirent ce qui suit n'ont rien d'officiel. Elles subissent en outre la déformation inéluctable de tout ce qui parvient en tout ou partie par le vecteur de l'oralité et dont les causeux et facétieux (dont je suis) portent leur part de responsabilité.
Mais peu importe, je m'accorde volontiers - et en toute foi potentiellement mauvaise - une liberté d'interprétation, d'audace, voire d'humour et de malice qu'un historien a plus de mal à concevoir s'il veut être considéré par ses pairs. Ainsi, à force de repérer en moultes latitudes des pont dits du diable, à en écouter et à mon tour de transmettre par le récit, les légendes qui les accompagnent, ai-je retiré une explication plausible sur ce qui motive les têtes gouvernantes - religieuses et/ou politiques - à perpétuer les cérémonies de poses de première pierre.


Pont du Diable ?
Pour résumer, les ouvrages ainsi nommés se distinguent généralement par une architecture aussi audacieuse que fragile au regard de l'obstacle à franchir.
Ils ne manquent pas déclencher un sentiment d'admiration à l'endroit des maîtres qui se sont risqués à les bâtir en des temps pluriséculaires, que l'on nomme sans trop réfléchir moyenâgeux.
Usant d'un tel qualificatif, s'ensuit rapidement la vision de temps obscurs, dénués d'êtres assez sages et savants en architecture pour concevoir avec succès de tels ponts. Et par voie de conséquences, imagine-t-on quelque intercession surnaturelle pour que le défi lancé ait pu réussir et soit pérenne.
Faire peur ?
Pour asseoir le pouvoir, faire peur à tout subordonné est une méthode éprouvée. Affaibli en sa perception du raisonnable, ce dernier se laisse mieux aller à toute croyance, et donc aux manipulations de ceux qui l'ont générée.
Ainsi, au Moyen Âge, abuse-t-on de la notion de diable, force occulte (et au culte) dont on agite la menace pour mieux faire accepter la prise en main des puissants.
Mais il arrive que les créatures échappent à leurs créateurs et se retournent contre eux, comme en attestent certaines versions de la légende des ponts du diable.
Au bonheur des âmes
Toutes s'accordent sur le fait que le Malin est convié pour achever ce que les hommes - même les plus compétents - n'arrivent pas à accomplir. S'ensuit un contrat dont les clauses se résument en un simple échange. Le Diable s'engage à achever en une nuit des travaux - a contrario des longs mois d'échecs qui ont précédé - au seul prix de la première âme qui empruntera le pont dûment fini.
Si la plupart des versions sacrifient quelque animal lâché sur le pont avant tout être humain, il est d'autres récits moins connus où le commanditaire et seigneur des lieux - généralement un tyran qui ne souciait guère des accidents sur le chantier - est invité à titre honorifique à poser la dernière pierre de l'édifice sans se douter que dans son acte d'achèvement, il devient de fait la proie du démon, lequel n'attend pas une seconde pour l'emporter en enfer.


Première pierre
Cette singulière issue a pour intérêt qu'elle débarrasse le peuple de son gouvernant tout en lui facilitant ses déplacements. Est-ce par peur qu'un tel exemple inspire une jurisprudence qui leur serait défavorable, il s'avère que les puissants ne prennent plus de risque avec ce diable qu'ils ont pourtant contribué à faire naître, en préférant dorénavant ne célébrer que les poses de première pierre.
De cette observation, j'ajoute que je conçois désormais quelque frayeur quand m'est adressée, sous couvert d'amabilité, l'invitation suivante : « Après vous, je vous prie ».


Pour conclure, à tout un chacun de glisser le bulletin qui lui sied au mieux (ou disconvient a minima) lors de la proche élection de dimanche prochain, sans douter un instant qu'il y aura toujours quelque diablerie pour surprendre tôt ou tard.
De toute évidence, cet article est à relativiser puisque selon l'enluminure médiévale ci-contre, Diable se mêle également de semer force troubles dans les écrits.
Ajout documentaire
Quand un tsar (le dernier en titre) confirme la règle lors de la pose de la première pierre du pont qui, à Paris, porte le nom de son père Alexandre III... Précisons que ce n'est pas le diable qui l'emportera mais la révolution de février 1917, suivie de son assassinat en juillet 1918.

lundi 10 février 2020

Février 1525... Et si l'on écoutait les infos ? 📻

#Renaissance #Caumont #Epernon #Nogaret #FrançoisPremier #HenriIII #HenriIV #LouisXIII
🖥 www.caumont.org 🖥 www.strawberry.zumeurs.net
En ce début d'année, rien ne va plus pour François Premier. Engagé depuis quatre ans dans la sixième guerre d'Italie, il subit une lourde défaite à Pavie, laquelle marque la fin du conflit.
Il a perdu de nombreux compagnons d'armes, morts sur le champ de bataille. Lui même, blessé au visage et à la jambe, n'a d'autre solution que de rendre ses armes à l'ennemi et se constituer prisonnier.
En juin, après plusieurs mois de captivité en Italie, il est transféré en Espagne. Il n'est libéré qu'après d'âpres négociations, enfin conclues en janvier 1526 par la signature du traité de Madrid. Celui-ci, favorable aux vainqueurs dont Charles Quint, est rapidement rejeté par François Premier, entrainant de fait le début de la septième guerre d'Italie.
La bataille de Pavie
En parallèle de tels déboires royaux, dès la fin de la sixième guerre, la plupart des combattants rescapés sont rentrés chez eux dont Pierre de Nogaret de la Valette (c1500-1553), un seigneur du Sud-Ouest.
Malgré la défaite, il s'en retourne avec assez d'aisance et d'enthousiasme pour confier à l'architecte Nicolas Bachelier la réalisation d'un nouveau château sur ses terres de Caumont, lesquelles dominent et surveillent le cours de la Save, dans l'actuel département du Gers, sur la commune de Cazaux-Savès.
Vue aérienne du château de Caumont (©caumont.org)
Pierre de Nogaret entend bien profiter des innovations qu'il a pu observer en Italie. Après dix années de travaux, il ne peut que se féliciter d'entrer en 1535 dans une demeure somptueuse que d'aucuns comparent avantageusement aux châteaux de la Loire.
Cinq siècles après, le château garde toute sa noblesse. Il n'a pas subi de trop grandes modifications et il suffit d'être face à lui pour s'imaginer aussitôt aux temps de son premier possesseur, voire de ses deux successeurs directs, afin de prolonger allègrement le voyage jusqu'à la fin du XVIe siècle.
Son fils aîné Jean Nogaret (1527-1575) hérite du château et à son tour fonde famille. Noblesse oblige, il officie également dans les armées royales en qualité de capitaine et de maître de camp de cavalerie légère.
C'est toutefois Jean-Louis (1554-1642), petit-fils de Pierre et fils de Jean qui attire l'attention des historiens et des romanciers dont un certain Alexandre Dumas.
Ayant embrassé, comme ses ascendants, la carrière de militaire, il se fait rapidement remarquer par un fort caractère qui lui vaut - malgré de nombreuses inimitiés - d'accéder aux plus hautes sphères du pouvoir, dont le cercle très fermé des mignons du roi Henri III.
Il en retire le titre de duc d'Épernon.
Fin politique, il reste un personnage très important sous les règnes suivants d'Henri IV et Louis XIII. Sa longue vie s'achève cependant en disgrâce.
Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon 👉

Février 2020... Un peu de musique ? 🎻
Après un tel préambule, n'est-il point agréable de s'accorder une pause musicale ? Sauf qu'à s'imaginer au XVIe siècle, il devient difficile de restituer le moindre son d'époque par le simple truchement d'une télécommande que les archéologues auraient découverte.
Vive le roy, selon Josquin des Prés, édité en 1504👉
C'est là qu'enchanteur, je dois m'affirmer, avec la chance de disposer concernant le château, ses premiers occupants et le siècle qui les concerne, d'un grand nombre de documents historiques, littéraires et musicaux.
Ainsi, en accord avec les propriétaires actuels, descendants des Nogaret de la Valette, vais-je, peu à peu, rechercher et mettre en cohérence des répertoires musicaux de la Renaissance avec des événements afférents à l'histoire du chateau et des seigneurs de Nogaret de la Valette.
Cette expérience qui lie le patrimoine bâti avec celui plus discret des manuscrits et des premiers-imprimés sera partagée sur place avec le public dès le printemps (24 mai 2020) lors d'un premier concert de musiques de la Renaissance, présentée par le duo franco-américain "The Strawberry consort".
S'ensuivra dans l'été une balade in situ, balade où je raconterai contes et récits du Moyen Âge, donnant ainsi chair au présumé surnom de "château des légendes" qui aurait été attribué à Caumont.
Armoiries de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon.

dimanche 2 février 2020

Février fait vriller les cœurs...
ou l'enchantement amoureux

Enchantement n'est point forcément mot de mise en ce début de février 2020 puisque, de nouveau, l'Angleterre s'éloigne du continent.

Historique pour les uns, hystérique pour d'autres, ce premier jour de mois est donc synonyme de rupture, a contrario d'un climat précocement printanier qui incite à entamer tous travaux préparatoires aux futures récoltes de l'année. ­

Ainsi voit-on les humains s'en retourner aux champs et profiter in situ du réveil de la nature. Sans aucun doute se laissent-ils charmer par les premiers gazouillis d'oiseaux dont la préoccupation première est de trouver aimable compagnie pour bâtir nid et fonder famille.

Une telle image bucolique inspire depuis la nuit des temps les poètes, en particulier le bien nommé Geoffroy Chaucer à qui l'on doit d'avoir encouragé en seulement deux vers une coutume devenue tenace quoique sujette à controverse : la Saint Valentin qui se célèbre le 14 février.


For this was on Saint Valentines day
When every fouls cometh to chese his make
Car c'était le jour de la saint Valentin quand chaque oiseau commence à choisir sa compagne

S'il est plaisant de s'inspirer du comportement amoureux des volatiles pour honorer les belles amours humaines, il convient de ne pas être dupe d'une évidente exploitation commerciale contemporaine qui érode grandement le charme de la fête et invite à s'en retourner promptement au Moyen Âge, plus précisément à la fin du quatorzième siècle.
Geoffroy Chaucer
Geoffroy Chaucer (c1340-1400) ne cesse alors d'écrire sans trop se soucier que, de part et d'autre du Channel, les relations sont plus que tendues et dégradées en raison d'un conflit interminable qui débute peu avant sa naissance (1337) et ne cesse qu'en 1453, héritant ainsi dans les livres d'histoire de l'intitulé "Guerre de Cent Ans". C'est au cours de cette dernière que la "Saint Valentin" imprègne l'esprit du poète et prince Charles d'Orléans, lequel est fait prisonnier suite à la retentissante défaite française d'Azincourt (1415).
👈 Charles d'Orléans, captif en la tour de Londres
Ici commence le livre qu'écrit Charles duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre
Retenu Outre-Manche pendant un quart de siècle, il compose une œuvre poétique magistrale dont la singulière balade intitulée "Le beau soleil, le jour Saint Valentin".
Le beau soleil, le jour Saint Valentin / Qui apportait sa chandelle allumée / N'a pas longtemps entra un bien matin / Priveement en ma chambre fermée
L'auteur exprime sa tristesse et son amertume, né de son enfermement, sentiments d'autant plus insupportables qu'au dehors, à la mi-février, les oiseaux crient fort pour assurer les butins d'amours.
Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d'Amours faisoient assemblée

Enfin, de retour en France, il partage son temps entre deux de ses châteaux, soit à Tours, soit à Blois. Il se consacre désormais quasi-exclusivement à la littérature, tant comme auteur que comme protecteur et mécène d'autres talents.
Par ses écrits qu'il a rapportés d'Angleterre, dont la balade citée ci-dessus, il contribue à propager sur le continent la coutume du jour de saint Valentin.

Toutefois, se pose une autre question, qu'en pense le dit Valentin ? Et d'abord, qui est-il pour avoir mérité sa canonisation ?

La réponse n'est pas simple car elle est plurielle.

Au siècle où Geoffroy affûte sa plume, neuf Valentin se sont inscrits dans la mémoire chrétienne, avec des existences se répartissant entre les troisième et neuvième siècles.

L'un d'entre eux fut le centième pape. Mais son règne fut court, quarante jours du 1er septembre au 10 octobre 827.

Écartons aussi les Valentin, devenus saints mais qui sont fêtés à d'autres dates.

Reste encore en lice trois bienheureux concernés par le 14 février dont Valentin de Terni qui vécut au troisième siècle.

Ce dernier est moine et prêtre de son état. Il vit sous le règne de Claude II, un empereur romain particulièrement hostile à la religion chrétienne. C'est pourquoi il fait interdire le mariage que cette dernière encourage. L'empereur a aussi en tête qu'en maintenant les hommes en état de célibat, il sont plus disponibles pour être enrôlés dans ses armées.

Le moine Valentin n'a cure de cette loi et s'y oppose en multipliant les cérémonies de mariage. Il ne faut guère de temps qu'il soit arrêté. Lors de son jugement, il refuse toute soumission et, suite à diverses péripéties et miracles que décrivent légendes dont celle dorée de Jacques de Voragine, il finit comme nombre de primo-chrétiens par être martyrisé, sa tête étant tranchée le 14 février 269.

Ayant subi une telle épreuve qui lui fut fatale, espérons que saint Valentin ait assez d'humour et de second degré pour être devenu a posteriori symbole de l'amour, sentiment qui fait si souvent perdre la tête !