lundi 10 février 2020

Février 1525... Et si l'on écoutait les infos ? 📻

#Renaissance #Caumont #Epernon #Nogaret #FrançoisPremier #HenriIII #HenriIV #LouisXIII
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En ce début d'année, rien ne va plus pour François Premier. Engagé depuis quatre ans dans la sixième guerre d'Italie, il subit une lourde défaite à Pavie, laquelle marque la fin du conflit.
Il a perdu de nombreux compagnons d'armes, morts sur le champ de bataille. Lui même, blessé au visage et à la jambe, n'a d'autre solution que de rendre ses armes à l'ennemi et se constituer prisonnier.
En juin, après plusieurs mois de captivité en Italie, il est transféré en Espagne. Il n'est libéré qu'après d'âpres négociations, enfin conclues en janvier 1526 par la signature du traité de Madrid. Celui-ci, favorable aux vainqueurs dont Charles Quint, est rapidement rejeté par François Premier, entrainant de fait le début de la septième guerre d'Italie.
La bataille de Pavie
En parallèle de tels déboires royaux, dès la fin de la sixième guerre, la plupart des combattants rescapés sont rentrés chez eux dont Pierre de Nogaret de la Valette (c1500-1553), un seigneur du Sud-Ouest.
Malgré la défaite, il s'en retourne avec assez d'aisance et d'enthousiasme pour confier à l'architecte Nicolas Bachelier la réalisation d'un nouveau château sur ses terres de Caumont, lesquelles dominent et surveillent le cours de la Save, dans l'actuel département du Gers, sur la commune de Cazaux-Savès.
Vue aérienne du château de Caumont (©caumont.org)
Pierre de Nogaret entend bien profiter des innovations qu'il a pu observer en Italie. Après dix années de travaux, il ne peut que se féliciter d'entrer en 1535 dans une demeure somptueuse que d'aucuns comparent avantageusement aux châteaux de la Loire.
Cinq siècles après, le château garde toute sa noblesse. Il n'a pas subi de trop grandes modifications et il suffit d'être face à lui pour s'imaginer aussitôt aux temps de son premier possesseur, voire de ses deux successeurs directs, afin de prolonger allègrement le voyage jusqu'à la fin du XVIe siècle.
Son fils aîné Jean Nogaret (1527-1575) hérite du château et à son tour fonde famille. Noblesse oblige, il officie également dans les armées royales en qualité de capitaine et de maître de camp de cavalerie légère.
C'est toutefois Jean-Louis (1554-1642), petit-fils de Pierre et fils de Jean qui attire l'attention des historiens et des romanciers dont un certain Alexandre Dumas.
Ayant embrassé, comme ses ascendants, la carrière de militaire, il se fait rapidement remarquer par un fort caractère qui lui vaut - malgré de nombreuses inimitiés - d'accéder aux plus hautes sphères du pouvoir, dont le cercle très fermé des mignons du roi Henri III.
Il en retire le titre de duc d'Épernon.
Fin politique, il reste un personnage très important sous les règnes suivants d'Henri IV et Louis XIII. Sa longue vie s'achève cependant en disgrâce.
Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon 👉

Février 2020... Un peu de musique ? 🎻
Après un tel préambule, n'est-il point agréable de s'accorder une pause musicale ? Sauf qu'à s'imaginer au XVIe siècle, il devient difficile de restituer le moindre son d'époque par le simple truchement d'une télécommande que les archéologues auraient découverte.
Vive le roy, selon Josquin des Prés, édité en 1504👉
C'est là qu'enchanteur, je dois m'affirmer, avec la chance de disposer concernant le château, ses premiers occupants et le siècle qui les concerne, d'un grand nombre de documents historiques, littéraires et musicaux.
Ainsi, en accord avec les propriétaires actuels, descendants des Nogaret de la Valette, vais-je, peu à peu, rechercher et mettre en cohérence des répertoires musicaux de la Renaissance avec des événements afférents à l'histoire du chateau et des seigneurs de Nogaret de la Valette.
Cette expérience qui lie le patrimoine bâti avec celui plus discret des manuscrits et des premiers-imprimés sera partagée sur place avec le public dès le printemps (24 mai 2020) lors d'un premier concert de musiques de la Renaissance, présentée par le duo franco-américain "The Strawberry consort".
S'ensuivra dans l'été une balade in situ, balade où je raconterai contes et récits du Moyen Âge, donnant ainsi chair au présumé surnom de "château des légendes" qui aurait été attribué à Caumont.
Armoiries de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon.

dimanche 2 février 2020

Février fait vriller les cœurs...
ou l'enchantement amoureux

Enchantement n'est point forcément mot de mise en ce début de février 2020 puisque, de nouveau, l'Angleterre s'éloigne du continent.

Historique pour les uns, hystérique pour d'autres, ce premier jour de mois est donc synonyme de rupture, a contrario d'un climat précocement printanier qui incite à entamer tous travaux préparatoires aux futures récoltes de l'année. ­

Ainsi voit-on les humains s'en retourner aux champs et profiter in situ du réveil de la nature. Sans aucun doute se laissent-ils charmer par les premiers gazouillis d'oiseaux dont la préoccupation première est de trouver aimable compagnie pour bâtir nid et fonder famille.

Une telle image bucolique inspire depuis la nuit des temps les poètes, en particulier le bien nommé Geoffroy Chaucer à qui l'on doit d'avoir encouragé en seulement deux vers une coutume devenue tenace quoique sujette à controverse : la Saint Valentin qui se célèbre le 14 février.


For this was on Saint Valentines day
When every fouls cometh to chese his make
Car c'était le jour de la saint Valentin quand chaque oiseau commence à choisir sa compagne

S'il est plaisant de s'inspirer du comportement amoureux des volatiles pour honorer les belles amours humaines, il convient de ne pas être dupe d'une évidente exploitation commerciale contemporaine qui érode grandement le charme de la fête et invite à s'en retourner promptement au Moyen Âge, plus précisément à la fin du quatorzième siècle.
Geoffroy Chaucer
Geoffroy Chaucer (c1340-1400) ne cesse alors d'écrire sans trop se soucier que, de part et d'autre du Channel, les relations sont plus que tendues et dégradées en raison d'un conflit interminable qui débute peu avant sa naissance (1337) et ne cesse qu'en 1453, héritant ainsi dans les livres d'histoire de l'intitulé "Guerre de Cent Ans". C'est au cours de cette dernière que la "Saint Valentin" imprègne l'esprit du poète et prince Charles d'Orléans, lequel est fait prisonnier suite à la retentissante défaite française d'Azincourt (1415).
👈 Charles d'Orléans, captif en la tour de Londres
Ici commence le livre qu'écrit Charles duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre
Retenu Outre-Manche pendant un quart de siècle, il compose une œuvre poétique magistrale dont la singulière balade intitulée "Le beau soleil, le jour Saint Valentin".
Le beau soleil, le jour Saint Valentin / Qui apportait sa chandelle allumée / N'a pas longtemps entra un bien matin / Priveement en ma chambre fermée
L'auteur exprime sa tristesse et son amertume, né de son enfermement, sentiments d'autant plus insupportables qu'au dehors, à la mi-février, les oiseaux crient fort pour assurer les butins d'amours.
Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d'Amours faisoient assemblée

Enfin, de retour en France, il partage son temps entre deux de ses châteaux, soit à Tours, soit à Blois. Il se consacre désormais quasi-exclusivement à la littérature, tant comme auteur que comme protecteur et mécène d'autres talents.
Par ses écrits qu'il a rapportés d'Angleterre, dont la balade citée ci-dessus, il contribue à propager sur le continent la coutume du jour de saint Valentin.

Toutefois, se pose une autre question, qu'en pense le dit Valentin ? Et d'abord, qui est-il pour avoir mérité sa canonisation ?

La réponse n'est pas simple car elle est plurielle.

Au siècle où Geoffroy affûte sa plume, neuf Valentin se sont inscrits dans la mémoire chrétienne, avec des existences se répartissant entre les troisième et neuvième siècles.

L'un d'entre eux fut le centième pape. Mais son règne fut court, quarante jours du 1er septembre au 10 octobre 827.

Écartons aussi les Valentin, devenus saints mais qui sont fêtés à d'autres dates.

Reste encore en lice trois bienheureux concernés par le 14 février dont Valentin de Terni qui vécut au troisième siècle.

Ce dernier est moine et prêtre de son état. Il vit sous le règne de Claude II, un empereur romain particulièrement hostile à la religion chrétienne. C'est pourquoi il fait interdire le mariage que cette dernière encourage. L'empereur a aussi en tête qu'en maintenant les hommes en état de célibat, il sont plus disponibles pour être enrôlés dans ses armées.

Le moine Valentin n'a cure de cette loi et s'y oppose en multipliant les cérémonies de mariage. Il ne faut guère de temps qu'il soit arrêté. Lors de son jugement, il refuse toute soumission et, suite à diverses péripéties et miracles que décrivent légendes dont celle dorée de Jacques de Voragine, il finit comme nombre de primo-chrétiens par être martyrisé, sa tête étant tranchée le 14 février 269.

Ayant subi une telle épreuve qui lui fut fatale, espérons que saint Valentin ait assez d'humour et de second degré pour être devenu a posteriori symbole de l'amour, sentiment qui fait si souvent perdre la tête !

samedi 11 janvier 2020

Par vérité... De l'art de perdre son latin au treizième siècle

Après avoir tergiversé dans un article précédent quant au bien-fondé du premier janvier pour premier jour de l'an, je m'accorde quelque repos "auprès la cheminée" comme m'y invite le motet ci-contre qui me prévient en outre et fort aimablement qu'il convient de redouter "el froit mois de genvier".

Ce message a toute pertinence puisqu'il évoque des temps où le réchauffement de l'atmosphère n'était point d'actualité et quand la seule retraite possible et peu négociable en hiver était celle de l'âtre. Pour conforter in fine que le frimas était bel et bien là, la teneur atteste que le propos n'est que Vérité.

Mais… que signifient les termes motet et teneur ?

Pour faire simple, le motet - versus treizième siècle - est une composition polyphonique où les voix chantées ont des textes différents, provoquant ainsi et souvent jeux de "mot"s et situations littéraires plutôt subtiles. La teneur n'est guère plus complexe à définir. Selon une étymologie simple, elle sou"tient" les voix supérieures qui s'harmonisent avec elle. Cette teneur emprunte généralement des fragments de mélodies connues, souvent latines car venant de chants d'église mais aussi parfois de chansons en langue vernaculaire (oil ou oc).

Mais… revenons à ce motet où l'on parle de janvier.

Il existe en deux versions conservées au sein des manuscrits de Bamberg (D-BAs Lit. 115) et de Montpellier (F-MO H196). La partie chantée "A la cheminée" invite bien plus qu'à la contemplation de la danse des flammes puisqu'il est question de gras mangier, en engloutissant notamment force chapons et chairs salées, le tout sans modération (cf ci-dessus partition musicale de gauche).

Est-ce pour cela, que la teneur initiale "Veritatem" telle qu'elle apparaît dans le manuscrit de Bamberg (en bas à droite de l'illustration ci-contre), issue d'un verset du graduel grégorien chanté au jour de l'Assomption, se pare soudain à Montpellier (cf ci-dessus partition musicale de droite) de paroles moins catholiques afin d'accompagner les mets précédents de délices provenant de la viticulture, sous la forme de vins français qu'il convient de préférer par vérité à ceux en provenance de l'Auxerrois.

La transformation du verset latin en vers (et en verres) français n'a pas entraîné de transformation de la mélodie et la seule éventuelle altération à subir ne concerne que celles et ceux qui ne respecteraient pas une prudente modération quant à ne point trop boire.

Le froid mois de janvier n'étant donc point si triste, je ne peux que réitérer mes vœux pour un an de grâce 2020 fait de richesses du patrimoine à découvrir et partager le cas échéant, comme en atteste le présent motet mais aussi ce fragment de calendrier d'un livre d'heures (F-BN Lat 1173), avec de quoi se pourlécher les babines, se délecter de rares vulnéraires, et s'offrir ainsi à bon compte (et contes) force bonheurs et belles humeurs !

Mais… Qu'en sera-t-il de février ?

samedi 21 décembre 2019

Enchantement ou an chahuté ?

L'enchantement lié à l'an nouveau, la renaissance tant attendue et généralement vite oubliée de toutes bonnes et saines résolutions ont actuellement de quoi être tourneboulés en nos esprits et cervelles.

Toutefois, ces enchantement et renaissance ne sont point, dans les propos à suivre, sujets ou prétextes à de quelconques rebondissements quant aux péripéties politiques contemporaines afférentes à la réforme des retraites.

Si retraite, il convient de parler, c'est de celle que je vous invite à opérer le temps du présent article pour gagner un siècle où s'affirma justement en religion celle que l'on disait de la Réforme.

Décidément, les mots sont tenaces !

Ne reste plus qu'à rechercher l'enchantement, celui précisément du nouvel an, maintenant que nous sommes arrivés en l'an 1560.

Cette année là, suite au décès de son père François II, le 5 décembre, et sous la régence autoritaire de Catherine de Médicis, Charles IX, âgé d'une dizaine d'années, prend place sur le trône de France.

Réforme oblige, le royaume est en proie à de nombreux troubles qui opposent catholiques et protestants. Ces derniers, à force d'être la cible de massacres (tels ceux de Cahors et de Wassy), décident de réagir avec une égale violence. Ainsi débute en mars 1562, la première guerre de religion qui se conclut un an après par l'édit d'Amboise, dit de pacification.

Fort de cette paix relative, le jeune roi, désormais libéré de la tutelle de sa mère - laquelle opiniâtre reste cependant très influente - entreprend sur son conseil un tour de France afin d'en connaître les provinces. Le roi voyage du 24 janvier 1564 au 1er mai 1566, célébrant ainsi le nouvel an à plusieurs reprises. Reste cependant à en définir la date ou plus exactement les dates.

Car c'est seulement au premier janvier 1567, que sont appliquées les dispositions administratives conséquentes aux édits de Saint-Germain (janvier 1563) et de Roussillon (août 1564) visant par la loi (entérinée en décembre 1564) à l'uniformisation d'un nouvel an fixé à jamais au premier janvier, en imitation à la règle déjà appliquée depuis 1540, dans le Saint-Empire Romain Germanique, alors sous l'autorité de Charles Quint.

Au cours de son périple, Charles IX constate effectivement que le nouvel an prend place, selon les contrées visitées, soit le 1er ou le 25 mars, soit à Pâques, date fluctuante entre mars et avril, soit à Noël.

Le premier janvier ne devient réellement universel dans le monde catholique qu'en 1582 avec la décision papale d'instaurer un nouveau calendrier de référence, celui dit grégorien, en hommage au souverain pontife éponyme, Grégoire XIII. (Entre temps, en 1574, Henri III a pris la succession de son frère sur le trône de France).

Plus conforme à l'adéquation des mouvements relatifs de la terre et du soleil, tenant compte d'une révolution annuelle ne reposant pas sur un nombre exact de jours*, ce calendrier impose désormais presque** tous les quatre ans, une année dite bissextile qui par l'ajout du 29 février, comporte 366 jours.
* 364,2425 jours environ.
** Les années 1700,1800,1900 sont restées à 365 jours.

Autre décision à effet immédiat pour rattraper les retards engendrés par l'imprécision du calendrier julien qui précédait , le nouvel an de 1582 se retrouve anticipé puisque l'année 1581 est raccourcie de dix jours, avec un mois d'octobre passant directement du jeudi 4 au vendredi 15.

Pour conclure, quelle que soit la date qui fut, qui est et qui sera, je vous assure de la pérennité de mes vœux les plus sincères et les plus chaleureux pour l'année à venir, avec force santé, bonheur et ce qu'il faut pour vivre en bel enchantement !

dimanche 15 décembre 2019

Chanter et être enchanté par Lo dolze Bambino

Et si Noël nous apportait un peu de douceur à la façon italienne ?

Conséquence collatérale des neuf guerres d'Italie, lesquelles engagèrent les rois de France de 1494 à 1546, (Charles VIII en fin de règne, Louis XII puis François Premier), il y a un évident engouement pour les arts renaissants en provenance de la péninsule.

Maîtres et œuvres circulent dans toute l'Europe, à destination de diverses cours royales où monarques et grands princes se constituent d'immenses collections dont profitent aujourd'hui nombre de musées prestigieux dont en France, le Louvre, où une certaine madone suffit à elle seule à attirer la foule par son sourire énigmatique.

Plus discrètes, mais toutes aussi exceptionnelles, les compositions musicales - à défaut d'être enregistrées acoustiquement - sont diffusées par l'entremise des manuscrits et des toutes premières impressions (à Venise dès 1501) que conservent aujourd'hui les bibliothèques dont celle parisienne dite nationale.
Numérisés, ces documents précieux mais fragiles, autrefois difficiles d'accès pour mieux les préserver, sont désormais consultables en ligne, notamment sur le site www.gallica.fr - Si la réplique sur écran n'émeut pas autant que d'être en présence de l'original, elle apporte cependant l'essentiel, y compris pour célébrer Noël.

Dans le manuscrit côté "F-Pn Cons. Rés. Vm7 676", qui fut copié soit à la cour de Mantoue, soit à celle de Ferrare, trouve-ton parmi la bonne centaine de pièces, un charmant chant de Noël en duo qui célèbre la venue du dolze bambino.

La mélodie est touchante, un brin naïve et porteuse d'émotion simple, comme un ultime cadeau qui m'est réservé en cette fin d'année en ma quête incessante de découvertes des beautés du patrimoine.

En bon enchanteur qui se respecte, j'en partage volontiers céans la connaissance.

Peut-être ce chant atténuera-t-il - puisque la musique est censée adoucir les mœurs - toutes tensions nées au cours d'une année intense, tant celles de 1502, dans une Europe déchirée par la troisième guerre d'Italie, que les nôtres plus contemporaines, lesquelles pourraient nuire actuellement à la sérénité de quelque voyage entre Italie et France.

Ainsi vous souhaité-je de belles fêtes de fin d'année, impatient cependant de poursuivre à l'an qui vient toutes aventures au cœur du patrimoine que je ne manquerai point vous décrire.
fresque de Fra Filippo Lippi réalisée de 1467 à 1469 dans la cathédrale de Spolète
Bien à vous,
Hervé.

mardi 29 octobre 2019

Médiéval, troubadour, ces deux mots ont-ils encore un sens ?

Suite à un récent post sur Facebook (copie en fin d'article) quant à l'usage du qualificatif médiéval appliqué aux fêtes, lesquelles se multiplient à foison, et aux musiques qui y sont prodiguées, je n'ai pas été surpris que mon questionnement ait été élargi pour dévier sur un hors-sujet insoluble et récurrent qui oppose deux camps dont les premiers exigent de l'"histo" pendant que les seconds privilégient l'envie de festoyer, quitte à se façonner des "Moyens Âges" plus approximatifs.

L'informatique ayant visiblement transformé les esprits en machines binaires oublieuses de toute faculté de modération, je n'ai guère lu de propos recherchant quelque compatibilité entre ces deux positions, si opposées fussent-elles, au profit quasi-exclusif d'expressions antagonistes, lesquelles ne demande à chacun - il est vrai - que de rester ancré sur ses certitudes, sans avoir à fournir le moindre effort de réflexions ou d'études.

Ce constat, certes un peu triste, mais point désabusé, ne me décourage pas cependant pour lancer un autre débat que m'inspire un autre terme ô combien dévoyé et détourné, celui de "troubadour".

Initialement, le mot est dérivé du verbe "trouver" en langue d'oc ou "trobar".

Il qualifie, entre les fins du onzième et du treizième siècles, des hommes (et quelques femmes dites trobaritz dont la comtesse de Béatrice de Die ci-contre) issu.e.s principalement de la noblesse, suffisamment instruit.e.s pour ciseler les plus beaux poèmes, tant sur le fond que sur les diverses formes qu'ils empruntaient.

Ces poèmes étaient éventuellement accompagnés de musique, avec des mélodies également d'un haut niveau de raffinement.

Le mouvement littéraire et musical des troubadours, fort de deux siècles d'existence, était plutôt réservé à une société privilégiée, essentiellement aristocratique. N'oublions point cependant quelques troubadours de moindre extraction (dont Marcabru ci-contre) au talent si affirmé que leurs modestes origines furent oubliées et leurs compositions compilées dans la quinzaine de manuscrits dont on dispose pour faire revivre cet immense répertoire de nos jours.

Vivre et revivre...

Disait-on déjà de ceux qui interprètent poèmes et chansons qu'ils jouaient ?

Probablement puisque l'on mentionne déjà au Moyen Âge des "joglars" (en pays d'oc) et des "jongleurs" (en pays d'oil), termes provenant du verbe occitan "joglar" qui signifie effectivement jouer. À l'art de jongler avec les notes et les mots se mêlèrent ceux visuels des arts du cirque, lequel a su garder le terme à son profit, avec pour conséquence une inexactitude fréquente concernant désormais principalement les musiciens, quels que soient leurs répertoires.

Il suffit de déclamer ou de chanter un poème ou de sortir un instrument de musique pour que toutes gens de tous niveaux d'instruction vous honorent du qualificatif de troubadour.

Le compliment est éminemment sympathique et il est reçu avec grand plaisir. Mais il n'en est pas moins inexact et a parfois de quoi faire se retourner dans leurs tombes d'illustres prédécesseurs dont nous ne sommes point - la plupart du temps - les vecteurs, puisque ne "jouant" pas leurs œuvres dont l'approche n'est pas des plus simples et requiert un travail conséquent pour en proposer des interprétations crédibles.

Je m'appuie notamment en ce propos sur ma propre expérience puisque j'ai eu la chance d'enregistrer plusieurs CD sur les troubadours (www.cd.zumeurs.net) et de partager la scène avec le duo "Joglar" dont la pertinence tient, et dans le nom de l'ensemble, et plus encore dans leur approche précise et respectueuse de la langue d'oc, tant chantée que parlée et des instruments dont ils s'accompagnent.

Qu'en conclure ?

Amis auditeurs et spectateurs, l'art de musique comme toute autre ne peut se pratiquer que dans l'humilité... Par égard pour nos chevilles et si estimez que nous méritons quelque compliment, modérez-le et appellez-nous "jongleurs" !

Par ailleurs, d'aucuns me diront que j'écris en vers la plupart des textes que je destine à la scène, éventuellement dans des formes très contraintes. Si ces rimes ont l'heur de vous plaire, je m'en réjouis et, en cela, je suis peut-être une démarche similaire à celle des troubadours.

En mérité-je toutefois l'appellation ?

Laissons cela à l'arbitrage du temps, je suis prêt à attendre quelques siècles !

Le post du 15/10/2019
Je n'ai pas la réponse...

D'un côté, je vois nombre de fêtes médiévales dont les organisateurs se disent tous plus médiévaux et "historiques" les uns que les autres, notamment dans le souci du détail historique des costumes, de la nourriture...

De l'autre, éventuellement (pour ne pas dire souvent), à longueur de videos, de teasers, de clips, de photos aussi, je vois et entends des groupes de musique dont les instruments, les répertoires et le jeu sont complètement hors sujets et semblent toutefois convenir à ceux qui les font venir et même parmi ceux cités précédemment.

Que faut-il en déduire ou penser ?

- Que le mot "médiéval" est un fourre-tout prétexte à la fête ? Fête où l'on peut laisse s'exprimer clichés, fantasmes et mythes, au détriment des savoirs et connaissances sur la période.

Soit pour résumer que l'univers médiéval est à la France (voire à l'Europe), ce que le western est aux USA ?

- Qu'a contrario et dans le souci d'un minimum d'historicité, la musique serait exclue des exigences requises pour que le mot médiéval ait du sens ?

Merci de débattre en toute courtoisie, notion que savaient pratiquer nos prédécesseurs du Moyen Âge.

jeudi 3 octobre 2019

Du bonheur de consulter les archives...

Aux seules fins d'alimenter en fines anecdotes les créations du Strawberry Consort, existantes et à venir, je relève avec plaisir, au tournant des quinzième et seizième siècles, à l'aube de la Renaissance, un échange entre le sieur Jean Marre, évêque de Condom et son pair visiteur, l'évêque d'Agen*.

Ce dernier, en digne homme de foi, consacre un véritable culte à ses chiens, compagnons dont il ne se sépare jamais et pour lesquels requête fait-il qu'ils soient aussi bien accueillis et nourris que lui-même.

Chiens et chats n'entretiennent pas forcément des rapports cordiaux.

Alors que le visiteur agenais entre dans la cour de Jean Marre, ses chiens sont agressés par les chats condomois, lesquels en étranglent bon nombre.

En bonne diplomatie, l'évêque d'Agen ronge son frein et contient sa fureur. Il se contente de demander à son hôte les pourquoi d'une telle horde meurtrière et de l'utilité d'élever par devers soi autant de chats tueurs de chiens.

La réplique de Jean Marre, sans doute inspirée par le Très-Haut, lequel particulièrement charitable en ce jour, est implacable : « Et vous, que faire de tant de chiens qui mangent le bien des pauvres pendant que mes chats dévorent les rats qui grignotent le bien des pauvres.»

Agen, à jeun ? Nul ne sait, après cet épisode qui fut fâcheux à l'endroit des compagnons canins, si les rescapés eurent moindres rations de pâtée et si de plus humbles brebis humaines en eurent quelque maigre profit.

*Il s'agit probablement de Léonardo della Rovère, membre de la famille papale (Sixte VI et Jules II). Nommé cardinal d'Agen en 1505, l'anecdote serait donc datable quelques années plus tôt.

Outre la nourriture de ses canidés, il a réglé la note du tombeau de Jules II, commandé à Michel-Ange, ce dernier, sujet d'une prochaine création du Strawberry consort : Les mots de Michel-Ange.


Les trois enluminures, chiens, chat et rat proviennent du bestiaire d'Aberdeen (XIIe siècle)