lundi 17 août 2020

Gasconnade 2

Une petite perle empruntée en 1860 à la Revue d'Aquitaine et adaptée.
#Gascon #Gascogne #Facétie #Métayer #Chien #Bœuf #Incendie
Précédemment : 1
Pour cette deuxième incursion dans les univers facétieux, intéressons-nous à un métayer dont les propos auraient pu inspirer la chanson « Tout va très bien, Madame la Marquise ».
Jour d'Ascension, un métayer du Haut-Armagnac, habillé de pied en cape, comme s'il partait à la noce, chemise empesée, sabots décrottés et béret bien propret, monte à la ville voir le maître.
« Que me vaut le plaisir de votre visite, demande le citadin.
— Une bien triste nouvelle, mon Maître.
— Viens au fait !
— C'est qu'il faisait bonne garde, le bougre. On va le regretter.
— Mais de qui parles-tu, du berger ?
— Que non. C'est pis que cela, c'est le chien. Il est mort !
— Euh… Et comment cela est-il arrivé ?
— Il a trop mangé de bœuf, Maître.
— Du bœuf ! Je vois que les affaires vont bien. Au prix auquel le vendent les bouchers. À croire qu'à la campagne, valet et chien mangent mieux que seigneur en ville.
— Que non, Maître. Il n'y a que lui qui en a mangé. Nous on n'oserait pas vu qu'ils vous appartenaient. Pauvres bêtes, dire qu'elles ont succombé à la tâche.
— Comment cela, vous les avez fait trop travailler ?
— On ne pouvait pas faire autrement, Maître, avec toute cette eau à monter de la rivière.
— Vous auriez dû faire plusieurs voyages !
— C'est que pour éteindre le feu de la borde, il en fallait de l'eau et vite. Les pauvres. Eux aussi, on va les regretter ! Mais vous n'avez pas tout perdu. Je vous ai apporté des pois du jardin ! »
D'entendre cela, l'incendie de sa ferme, l'épuisement des bœufs et l'indigestion mortelle du chien, le maître ne sut quoi ajouter.
Et ce ne fut point quelques légumes, fussent-ils jolis pois, qui firent le poids devant tant de perte.
Après avoir découvert cette gasconnade, et si vous en brûlez d'envie, n'hésitez pas à réagir !

dimanche 16 août 2020

Un emprunt au passé 3

Épisode 3 - réflexions sur la cause animale en l'an II - premier Frimaire
#animaux #chiens #1793 #Révolution #lois
Précédents emprunts : 1 - 2
Alors qu'à juste titre, dénonce-t-on régulièrement des cruautés et exactions inadmissibles à l'endroit des animaux, je m'accorde un peu de recul et, au hasard du temps, débarque en 1793, le 21 novembre, en pleine Terreur.
Je dois préciser que la période porte bien son nom et qu'elle n'est en rien confortable pour raisonner à tête reposée, surtout avec l'appréhension de ne point la garder là où elle me semble la mieux placée, à savoir sur les miennes épaules.
En outre, pour ajouter à la confusion, le calendrier me brouille l'esprit, me donnant pour toute réponse à mes interrogations chronologiques la date du premier frimaire, où l'on célèbre… la raiponce.
Cela dit, ce n'est pas le moment d'être aux abois alors que je lis placardé sur les murs du Gers de quoi faire frémir le moindre citoyen - fut-il appelé Hugo, Clément ou autre.
En effet selon une cruauté toute administrative - et donc parmi les pires - lit-on que, de nos animaux les plus proches et les plus fidèles, devra-t-on se séparer de chiens, et ce, de façon expéditive.
Voici ce qu'il en est :
« Article premier — Il ne pourra être conservé dans chaque maison ou ménage et pour sa garde qu'un seul chien. Tous les autres chiens surnuméraires seront tués sans qu'ils puissent être cédés par leur maître à des citoyens qui n'en auraient pas actuellement.»
« Article deux — Les municipalités veilleront à l'exécution de l'article premier et dénonceront les citoyens qui ne l'auront pas exécuté dans la décade de la publication aux comités de surveillance de leur district.»
« Article trois — Tout bon citoyen est invité à faire une pareille dénonciation après la décade de la publication expirée, tant contre les citoyens que les municipalités négligentes.»
« Article quatre — Le présent arrêté sera imprimé, envoyé aux municipalités, districts, comités de surveillance et sociétés populaires. Il sera lu, publié et affiché aux formes accoutumées.»
(Premier frimaire an II.)
Découvrant ceci, je n'ose imaginer, en le nôtre siècle, où la délation est grandement facilitée par des réseaux laconiquement nommés « sociaux », comment évolueraient les relations humaines, s'ajoutant, dociles moutons que nous sommes déjà, aux multiples restrictions de liberté qui délimitent désormais notre quotidien.
Pour peu, je crierais « Nom d'un chien » mais un restant de sagesse, voire de pertinence, m'invite à contenir un tel désir.
Faute de mieux, je vais aller m'époumonner en quelque flûte à bec baroque et perfectionner ce délicat ornement appelé « mordant ».
N'hésitez pas à rugir réagir !

vendredi 14 août 2020

Gasconnade

Une première trouvaille empruntée à la Société archéologique du Gers (bulletin de 1901) et adaptée.
#Gascon #Gascogne #Facétie #Révolution #Bastille #1789 #guillotine #mort
Encouragés par des écrivains tels qu'Alexandre Dumas, les Gascons ont gagné une forte réputation de gouailleurs aux réparties efficaces et cinglantes.
Pour une première incursion dans cet univers facétieux, rendez-vous est pris à la Bastille, quelques jours après une date devenue depuis « Fête nationale ».
Un officier dont je tairai le nom, mais point ses origines authentiquement gasconnes, reçoit pour mission de nettoyer la place des nombreux cadavres, victimes immédiates d'affrontements sanglants.
Trouvant que les fossoyeurs manquent d'empressement en leur macabre ouvrage, avec la voix forte dont est doté tout Gascon qui se respecte - le volume vocal de ces derniers étant réglé, depuis le jour de naissance et à vie, en position maximale - l'officier ne manque pas les fustiger.
Les employés, impressionné par cet accent du Sud-Ouest, avec ces « r » qui roulent plus qu'un tonnerre d'orage estival, obéissent et jettent toutes leurs forces excavatrices dans la sombre entreprise qui est leur.
L'officier paraît enfin satisfait. Mais à confondre vitesse et précipitation, entend-on soudain un mort que l'on vient de jeter sur d'autres cadavres protester vigoureusement : « Mais que faites-vous, je ne suis pas encore mort, que je sache, mais seulement navré ! ».
Les fossoyeurs se confondent en excuses et ressortent l'homme de la fosse.
Voyant la manœuvre, l'officier se rapproche : « Que se passe-t-il ici ? Si vous ressortez les morts, on n'est pas prêts d'avoir fini.
— C'est que ce Monsieur prétend qu'il n'est que navré…
— Et alors, je le suis tout autant que lui - navré ! - enterrez-le quand même, répond avec gravité l'officier. Si l'on commence à écouter ces coquins-là, les morts seront bientôt tous vivants ! ».
Devant tant de certitude et d'autorité, bien que la décision semble n'avoir ni queue, ni tête ; ne sachant toutefois point où donner de la leur et voulant surtout la garder bien campée sur les épaules plutôt que la confier à l'admirable machine du sieur Guillotin, les fossoyeurs reprennent leur basse besogne sans se soucier dorénavant des morts qui viendraient à parler.
Après avoir découvert cette gasconnade, bien évidemment à tête reposée, n'hésitez pas à réagir !

jeudi 13 août 2020

Un emprunt au passé 2

Épisode 2 - réflexions sur l'éducation du siècle en 1850
#sciences #littérature #1850 #éducation
Ne boudons pas notre plaisir face aux propositions techniques censées nous faciliter la vie, notamment celles provenant de la sphère informatique et numérique, corrélée aux liens prodigués par internet et les réseaux sociaux.
Pour accéder à ce monde qui aurait pu être réservé aux seuls scientifiques, réjouissons-nous également de tenir en main ce petit objet qui couvre chaque jour un peu plus nos supposés besoins et plus encore en crée d'autres au point de nous mettre en état de dépendance, voire d'addiction : le smartphone !
Faut-il cependant rester béat devant tant de progrès réunis en si peu de volume, au détriment évident d'autres vecteurs d'échanges qui courent le risque d'une prochaine désuétude ?
Faut-il a contrario avoir peur d'être de plus en plus sous la gouvernance d'objets que les concepteurs appellent laconiquement des assistants ?
Faut-il tout simplement ne pas refuser ce qui vient, mais à en pondérer l'usage en n'oubliant point les vertus de ce qui précède ?
Attendu que la réponse est en chacun.e, en ses propres usages, je me limite ce jour à reprendre des extraits des « Réflexions sur l'éducation du siècle », signée de Monsieur Lafont de Cujula, découvertes dans le tome V des « Recueils des travaux d'agriculture, sciences et arts d'Agen ».
Datés de 1850, ils ne manquent point d'une durable pertinence qui justifie le présent partage. Là encore, toutes réactions, courtoises mais point forcément complaisantes, sont bienvenues.
L'éducation semble participer aujourd'hui des besoins et des exigences du siècle. La littérature, qui faisait le charme et les délices de nos pères n'est plus qu'un accessoire de l'éducation et si quelque homme de goût, si quelque esprit séduit par les jouissances que procurent les lettres se laisse encore aller au sentiment qui l'entraîne, bientôt le positif de notre société les rejette malgré eux vers les sciences exactes ; ce n'est plus qu'avec regret qu'ils accordent quelque partie de leur temps à des études, dont le mérite, à leurs yeux, n'est pas d'avoir une utilité marquée, mais de donner seulement des jouissances d'esprit et la satisfaction d'un goût déterminé.
Une préférence exclusive porte aujourd'hui vers l'étude des sciences la plupart des esprits appliqués […]
Cependant, les belles-lettres languissent délaissées, un petit nombre d'hommes d'élite soutient à peine la splendeur de notre littérature et pour un homme de goùt, vous trouverez vingt savants.
Si on en excepte la musique, il est peu de beaux arts qui ne soient déchus de leur ancienne gloire même la peinture. Mais cet empire que les sciences s'arrogent maintenant, ne pourra-t-il pas leur devenir funeste ? Ne voyons-nous pas aujourd'hui trop souvent le savant, sans instruction littéraire incapable d'exprimer ce qu'il sent et avoir à rougir d'un style incorrect ou barbare. Pourquoi cette sécheresse d'expression ? Pourquoi cet embarras de dire ce qu'il sait si bien. Pourquoi ne peut-il ajouter la gràce et la magie du style aux bonnes choses qu'il pourrait nous dire et nous apprendre ? C'est évidemment parce que l'éducation littéraire lui fait défaut.[…]
Les belles-lettres et les arts peuvent être considérés comme le luxe de l'esprit, les sciences comme le positif et le nécessaire.[…]
Quand les sciences auront pour nous quelque chose de trop ardu de trop sévère tempérons par la littérature le dégoût ou le désespoir qui pourrait nous saisir. Plus tard quand notre jugement sera formé lorsque nos idées se seront élevées, agrandies, revenous vers les sciences, fesons de généreux efforts pour nous initier à leurs mystères, et nous verrons que la littérature et les beaux arts nous seront d'un grand secours.
N'hésitez pas à réagir !

mardi 11 août 2020

Un emprunt au passé

Épisode 1 - une causerie en 1876
#causerie #Agenais #1876 #masque #politique
Je ne résiste pas au plaisir de partager ces quelques propos d'une causerie parue dans la revue de l'Agenais en 1876. À quelques détails près, ne pourrait-elle pas emprunter les mêmes mots (et maux) en ce moment ?
« Heureux mois que celui qui s'achève Il y a eu deux carnavals : le carnaval électoral et le carnaval des jours gras. Nous n'avons pas le droit de parler ici du premier dont nous nous sommes assez occupé ailleurs. Quant au second, c'est un sujet plus divertissant et qui sollicite notre plume comme une actualité très préférable à la politique sombre et écœurante de ces tristes temps.
Mais hélas, elle est partout aujourd'hui la hideuse mégère. Elle a pénétré jusque dans les salons pour gàter la causerie, jusqu'au foyer de la famille pour y jeter l'anxiété, le trouble, les pénibles préoccupations.
Elle a eu sur le carnaval, qui vient de finir, une influence funeste.
Elle a empèché la plupart des grandes réunions de cette époque de l'année ; le club a tué le bal et les joyeux accents des orchestres ont été remplacés par la petite et désagréable musique des péroreurs électoraux.
Il y a longtemps que la mode des travestissements et des masques est partout en décadence.
On ne se met guère plus maintenant de masques que sur la conscience.
Mais jamais d'après ce que nous signalent les journaux des différentes villes de France, la folie carnavalesque n'avait moins agité ses grelots que pendant les jours gras de 1876.
Les Français veulent devenir sérieux : malheureusement ils ne le deviennent qu'en apparence.
Nous ne connaissons plus le franc éclat de rire de nos pères ni ces divertissements de large bouffonnerie où ils se délectaient ; mais nous avons pris l'habitude de perversités et de vilaines actions dont ils étaient incapables.
Le carnaval aujourd'hui dure toute l'année ; mais c'est un carnaval lugubre qui effraie les hommes intelligents et honnêtes, doués de quelque clairvoyance et l'on se demande avec effroi quel en sera le dénouement.»
N'hésitez pas à réagir !

jeudi 18 juin 2020

Bas les masques !

Bonjour à tou.te.s,

Il n'est point encore temps de clamer haut et fort "Bas les masques !", masques et autres précautions qu'il convient de maintenir pour vivre de nouveau et prochainement de grands moments dont ceux qui commencent à repeupler le mien calendrier.

www.dates.zumeurs.net

À bientôt !

dimanche 10 mai 2020

Confisonnets ⑥

semaine 6 📅 #corona #virus #covid19 #confiné #sonnets #zumeurs #poésie #zumeurs #Moyen Âge #médiéval

38 - dimanche 10 mai 2020
Quoi de nef ?
C'est demain paraît-il que commence la fin
De l'étrange voyage auquel, bien malgré nous,
Nous sommes invités. Un périple un peu fou
À cause d'un virus que l'on disait bénin.

En ce 10 mai, Sébastien Brant est décédé
Mais son œuvre est vivant, tant il garde raison
Avec sa nef des fous et quand, dans nos maisons,
Nous subissons ce qui, d'en haut, est décidé.

Au même jour, un voyageur atteint une île
Laquelle n'est peuplée que de grands crocodiles,
Un bien faible danger, comparé à l'humain.

Car c'est lui et non quelque animal qu'on accuse
Et qui brise les rêves, tels ceux de Syracuse
Comme dans la chanson du sieur Bernard « 10 mai ».
#Brant #Colomb #Dimey
① 10 mai 1520 - Décès de Sébastien Brant
② 10 mai 1503 - Christophe Colomb découvre les futures îles Caïmans
③ Bernard Dimey (1931-1981), auteur de la chanson « J'aimerais tant voir Syracuse »

Toujours aussi sonnet
Au mois de mai, fais ce qu'il te plaît...
Je puis donc retrouver de la liberté un état complet ?
J'ai comme un doute et poursuit donc mon œuvre quotidien de pipelet.
sonnets précédents 👇 👆 début de l'article

37 - samedi 9 mai 2020
La solitude du prince Édouard
Prince Édouard, quelle idée de partir en croisade
Quasiment seul, après l'échec de l'ost français
En terre tunisienne. Sans vouloir t'offenser,
Tu vas te fourrer dans une sacrée panade.

Car, depuis Tunis, profitant de la débandade
Des croisés, le sultan ne cesse d'agresser
Toutes nos positions. Dans ses mains sont passés
Des châteaux dont le krak. Vois-tu la reculade ?

Sans compter que sur place, Génois et Vénitiens
Pensent plus au trafic qu'à la foi des Chrétiens
Et sans vergogne, vendent toute arme au plus offrant.

Tu es venu quand même, pas tout-à-fait pour rien
Puisque ton arrivée a fait peur aux païens
Au point de signer une trêve avec les Francs.
#ÉdouardI #Croisade #EdwardI #crusades
① 🤴 Édouard (1239-1307), futur roi Édouard Ier
② 📅le 9 mai 1271, Édouard débarque à Saint-Jean d'Acre

36 - vendredi 8 mai 2020
Huit mai, jour de paix, oui mais...
Ce jour, à Brétigny, fut conclu un traité.
Ce dernier mettait fin à la captivité
Du roi Jean Le Bon dont la souveraineté
Demeurait néanmoins grandement contestée.

Outre le coût pour financer sa liberté,
Trois millions d'écus d'or, son fief fut amputé
De multiples duchés, baronnies et comtés
Qui, des Anglais, passaient sous leur autorité.

Était-ce pour autant un temps de paix en France
Et pour son peuple, la fin de toutes les souffrances ?
En ce royaume affaibli, rien n'était moins sûr.

Car, si la trêve tint environ neuf années,
En toutes terres, restait au roi à redonner
Toute sécurité et panser les blessures.
#Brétigny #GuerreDeCentAns #JeanII #ÉdouardIII #traité #paix
① 📝 8 mai 1360 ② 🤴 Jean II dit le Bon, roi de France de 1350 à 1364 ③ 📝 traité rompu en 1568
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