mardi 10 mars 2020

Des élus et de la pose des premières pierres.

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Les élus - du peuple, de Dieu ou Diable, de je ne sais qui ou quoi, ne font rien au hasard !
Mû par la proximité des élections concernant les municipalités et intercommunalités, et conforté par l'excellent travail de jeunes chercheurs médiévistes découverts ce jour sur la toile à l'adresse https://actuelmoyenage.wordpress.com, lesquels visent à éclairer le quotidien par des textes de référence du Moyen Âge, je me motive enfin à ajouter une modeste touche d'enchanteur du patrimoine. Certes, les sources qui inspirent ce qui suit n'ont rien d'officiel. Elles subissent en outre la déformation inéluctable de tout ce qui parvient en tout ou partie par le vecteur de l'oralité et dont les causeux et facétieux (dont je suis) portent leur part de responsabilité.
Mais peu importe, je m'accorde volontiers - et en toute foi potentiellement mauvaise - une liberté d'interprétation, d'audace, voire d'humour et de malice qu'un historien a plus de mal à concevoir s'il veut être considéré par ses pairs. Ainsi, à force de repérer en moultes latitudes des pont dits du diable, à en écouter et à mon tour de transmettre par le récit, les légendes qui les accompagnent, ai-je retiré une explication plausible sur ce qui motive les têtes gouvernantes - religieuses et/ou politiques - à perpétuer les cérémonies de poses de première pierre.


Pont du Diable ?
Pour résumer, les ouvrages ainsi nommés se distinguent généralement par une architecture aussi audacieuse que fragile au regard de l'obstacle à franchir.
Ils ne manquent pas déclencher un sentiment d'admiration à l'endroit des maîtres qui se sont risqués à les bâtir en des temps pluriséculaires, que l'on nomme sans trop réfléchir moyenâgeux.
Usant d'un tel qualificatif, s'ensuit rapidement la vision de temps obscurs, dénués d'êtres assez sages et savants en architecture pour concevoir avec succès de tels ponts. Et par voie de conséquences, imagine-t-on quelque intercession surnaturelle pour que le défi lancé ait pu réussir et soit pérenne.
Faire peur ?
Pour asseoir le pouvoir, faire peur à tout subordonné est une méthode éprouvée. Affaibli en sa perception du raisonnable, ce dernier se laisse mieux aller à toute croyance, et donc aux manipulations de ceux qui l'ont générée.
Ainsi, au Moyen Âge, abuse-t-on de la notion de diable, force occulte (et au culte) dont on agite la menace pour mieux faire accepter la prise en main des puissants.
Mais il arrive que les créatures échappent à leurs créateurs et se retournent contre eux, comme en attestent certaines versions de la légende des ponts du diable.
Au bonheur des âmes
Toutes s'accordent sur le fait que le Malin est convié pour achever ce que les hommes - même les plus compétents - n'arrivent pas à accomplir. S'ensuit un contrat dont les clauses se résument en un simple échange. Le Diable s'engage à achever en une nuit des travaux - a contrario des longs mois d'échecs qui ont précédé - au seul prix de la première âme qui empruntera le pont dûment fini.
Si la plupart des versions sacrifient quelque animal lâché sur le pont avant tout être humain, il est d'autres récits moins connus où le commanditaire et seigneur des lieux - généralement un tyran qui ne souciait guère des accidents sur le chantier - est invité à titre honorifique à poser la dernière pierre de l'édifice sans se douter que dans son acte d'achèvement, il devient de fait la proie du démon, lequel n'attend pas une seconde pour l'emporter en enfer.


Première pierre
Cette singulière issue a pour intérêt qu'elle débarrasse le peuple de son gouvernant tout en lui facilitant ses déplacements. Est-ce par peur qu'un tel exemple inspire une jurisprudence qui leur serait défavorable, il s'avère que les puissants ne prennent plus de risque avec ce diable qu'ils ont pourtant contribué à faire naître, en préférant dorénavant ne célébrer que les poses de première pierre.
De cette observation, j'ajoute que je conçois désormais quelque frayeur quand m'est adressée, sous couvert d'amabilité, l'invitation suivante : « Après vous, je vous prie ».


Pour conclure, à tout un chacun de glisser le bulletin qui lui sied au mieux (ou disconvient a minima) lors de la proche élection de dimanche prochain, sans douter un instant qu'il y aura toujours quelque diablerie pour surprendre tôt ou tard.
De toute évidence, cet article est à relativiser puisque selon l'enluminure médiévale ci-contre, Diable se mêle également de semer force troubles dans les écrits.
Ajout documentaire
Quand un tsar (le dernier en titre) confirme la règle lors de la pose de la première pierre du pont qui, à Paris, porte le nom de son père Alexandre III... Précisons que ce n'est pas le diable qui l'emportera mais la révolution de février 1917, suivie de son assassinat en juillet 1918.

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