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jeudi 3 octobre 2019

Du bonheur de consulter les archives...

Aux seules fins d'alimenter en fines anecdotes les créations du Strawberry Consort, existantes et à venir, je relève avec plaisir, au tournant des quinzième et seizième siècles, à l'aube de la Renaissance, un échange entre le sieur Jean Marre, évêque de Condom et son pair visiteur, l'évêque d'Agen*.

Ce dernier, en digne homme de foi, consacre un véritable culte à ses chiens, compagnons dont il ne se sépare jamais et pour lesquels requête fait-il qu'ils soient aussi bien accueillis et nourris que lui-même.

Chiens et chats n'entretiennent pas forcément des rapports cordiaux.

Alors que le visiteur agenais entre dans la cour de Jean Marre, ses chiens sont agressés par les chats condomois, lesquels en étranglent bon nombre.

En bonne diplomatie, l'évêque d'Agen ronge son frein et contient sa fureur. Il se contente de demander à son hôte les pourquoi d'une telle horde meurtrière et de l'utilité d'élever par devers soi autant de chats tueurs de chiens.

La réplique de Jean Marre, sans doute inspirée par le Très-Haut, lequel particulièrement charitable en ce jour, est implacable : « Et vous, que faire de tant de chiens qui mangent le bien des pauvres pendant que mes chats dévorent les rats qui grignotent le bien des pauvres.»

Agen, à jeun ? Nul ne sait, après cet épisode qui fut fâcheux à l'endroit des compagnons canins, si les rescapés eurent moindres rations de pâtée et si de plus humbles brebis humaines en eurent quelque maigre profit.

*Il s'agit probablement de Léonardo della Rovère, membre de la famille papale (Sixte VI et Jules II). Nommé cardinal d'Agen en 1505, l'anecdote serait donc datable quelques années plus tôt.

Outre la nourriture de ses canidés, il a réglé la note du tombeau de Jules II, commandé à Michel-Ange, ce dernier, sujet d'une prochaine création du Strawberry consort : Les mots de Michel-Ange.


Les trois enluminures, chiens, chat et rat proviennent du bestiaire d'Aberdeen (XIIe siècle)

dimanche 4 août 2019

Cornamuse n'est point faute…

Non, non, la cornamuse, instrument de musique de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, n'est point le résultat de quelque égarement orthographique ou d'une faute de frappe sur les claviers contemporains.

Cet instrument au son si particulier, doux mais volontiers nasillard voire comique quand et tant il surprend par ses écarts sonores, joue cependant de la confusion avec la cornemuse avec un fonctionnement assez proche.

Les notes sont émises avec une anche double (deux lames de roseau accolées l'une contre l'autre), laquelle n'est point jouée directement en bouche comme sur un hautbois (bois qui sonne haut !).

Alors que l'anche est enfermée dans un sac concernant la cornemuse, c'est une capsule de bois qui la protège pour la cornamuse.

Dans les deux cas, le roseau vibre sous la pression de l'air, laquelle est fournie par appui sur le sac (cornemuse) ou en gonflant les joues (cornamuse).

Ce mode d'émission limite le nombre de notes ou ambitus, ce qui explique partiellement sa destinée courte dans l'histoire de la musique.

En son temps, cependant, cet inconvénient majeur était éludé par le jeu de répertoires adaptés et surtout par la fabrication de cornamuses de diverses tailles afin de disposer a minima d'un set satisfaisant aux quatre pupitres repris dans les chorales : soprano, alto, ténor et basse pour jouer in fine, soit en famille, soit mêlés à d'autres sonorités en concert brisé (broken consort).



Les cornamuses dont je dispose sont de deux facteurs différents.

La plus ancienne est signée Wood sous le nom de Glastonbury pipe provenant de Early Music Shop (Great Britain).

Les deux plus récentes arrivent tout droit des ateliers de Grzegorz Tomaszewicz (Pologne). Les cornamuses prennent place essentiellement dans les répertoires du Strawberry consort et dans mes performances solo sous le nom de Chemins de flûtes.